Pour beaucoup de nos contemporains le nom de Nuremberg est lié au procès qui mît un terme à la sinistre dictature du parti nazi d’Adolphe Hitler, mais, combien savent que – cinq siècles plus tôt, le 21 mai 1471 – cette ville vit naître, l’un des plus grands artistes de tous les temps.

Très tôt le jeune Albrecht Dürer sut faire preuve d’un grand intérêt pour le dessin. Apprenti dans l’atelier de son père, pauvre orfèvre émigré de Hongrie, il l’observait longuement tracer l’épure des bijoux et objets précieux destinés à enrichir les demeures des grands bourgeois de la ville.

À treize ans, sa maîtrise du dessin est remarquable et sa virtuosité égale déjà celle des plus grands : Il nous reste de cette époque un autoportrait – le premier du Nord de l’Europe – annoté de sa main “Cela, je l’ai reproduit de moi devant un miroir en 1484, alors que j’étais encore enfant”.

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Sa vie durant, Dürer affectionnera la représentation de la figure humaine et tout particulièrement la sienne : Il aime à poser ainsi pour l’éternité offrant au regard de l’observateur les traits parfaits d’un homme accompli. Il y a comme quelque chose de “christique” dans son autoportrait de 1500. On y voit le visage d’un homme, encore jeune, à la pose altière. Le front haut, le regard lumineux – signes d’une remarquable intelligence – les cheveux longs et ondulés tombant sur les épaules, barbe et moustaches soigneusement taillées.

La main droite – longue et fine comme celle d’un aristocrate – posée sur le cœur. À vingt-huit ans, l’homme qui, fièrement, se représente ainsi est à l’apogée de son talent. Il est sûr de lui, riche et célèbre depuis que ses gravures sont colportées aux quatre coins de l’Europe. Il voyage beaucoup mais revient toujours auprès de sa chère bonne ville de Nuremberg où il achète une grande et belle maison (aujourd’hui transformée en musée à son nom).

Lui, le fils du pauvre émigré hongrois, est désormais un notable qui siège au Grand conseil municipal. L’Empereur Maximilien – et après lui Charles Quint – en fait son protégé ce qui lui permet de réaliser ainsi les portraits de nombreux personnages riches et puissants.

Fuyant, avec son épouse, une nouvelle épidémie de peste, il part étudier (après Venise et les peintres italiens de la Renaissance) l’art des Maîtres Néerlandais. En 1521, Dürer installé à Anvers contracte le paludisme, il décide alors de rentrer à Nuremberg.

Séduit par les idées de Luther, il est rapidement suspecté d’hérésie. Faisant désormais partie des cent plus grosses fortunes de la Ville, il est “intouchable”, mais ses ennemis – jaloux de son succès et de sa réussite – pour l’atteindre s’en prennent directement à son entourage : Certains de ses proches, en but aux tracasseries de la Justice Ecclésiastique, sont soit arrêtés soit chassés de la ville.

Luttant contre la maladie, Dürer voyant ses forces diminuer progressivement et sentant sa fin proche, décide de transmettre au monde une partie de son immense savoir. Il rédige alors plusieurs traités sur l’esthétique, les proportions du corps humain ou encore l’art des fortifications (ouvrage qu’il dédie au Roi de Bohème frère de l’Empereur son ami et protecteur).

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Âgé de seulement 57 ans, le Maître meurt, le 6 avril 1528, en sa bonne ville de Nuremberg – où il repose pour l’éternité au cimetière Saint Jean. Sans enfant, son épouse bien aimée sera l’unique héritière de sa grande fortune.

Des quelques décennies passées sur cette terre, il lègue à l’Humanité tout entière, des centaines de gravures remarquables de dextérité, quelques huiles admirables, des aquarelles, des portraits, des paysages, des études anatomiques, animalières ou végétales, des dessins d’architectures civiles ou militaires. Son intelligence “universelle” aura su s’intéresser à tout, analysant, assimilant et restituant la quintessence de son savoir avec le génie et l’immense talent que nous lui connaissons. Puissent ces quelques lignes faire découvrir au lecteur le vrai cœur de Nuremberg: Celui d’Albrecht Dürer.

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