Dans les natures mortes ce que j’aime avant tout c’est de traduire la matière. Le verre et sa transparence (plus ou moins prononcée), l’étain mat ou l’argent poli et brillant, le bois, le métal rouillé, la pierre, la porcelaine ou le grès émaillé. Tous ces matériaux ont une façon spécifique d’accrocher ou réfléchir la lumière. Il faut donc penser la matière comme de la lumière réfléchie.

Sur les matériaux tendres et mats la lumière est absorbée par la matière tandis que sur les matériaux durs et mats la lumière est partiellement absorbée et partiellement renvoyée. A l’inverse un matériaux dur et réfléchissant absorbe peu de lumière et en renvoie beaucoup. Tout ceci en dessin va se traduire par des nuances et variations de blanc. Le blanc du papier nous donne un éclat lumineux pur, c’est l’intensité maximum de la lumière.

Pour réaliser les dessins qui illustrent cet article, et qui ont été exécutés pendant mes années « Beaux-Arts », j’ai utilisé un crayon « pierre noire » qui donne de belles valeurs profondes ainsi qu’une estompe pour « tirer » les valeurs et les fondre sur le papier. Un crayon 8B ou 9B vous donnera des noirs moins riches, moins intenses. Sur du papier de couleurs Canson Mi-teinte il faut alors faire usage d’un crayon blanc ou d’un bâton de pastel sec blanc pour traduire les reflets de la lumière sur les objets.

Lorsque je dessine une nature morte un autre point avec lequel j’aime jouer c’est de rendre l’usure du temps. Tous ces objets, ces outils, ont une vie. Ils ne sont pas des objets neufs manufacturés industriellement mais au contraire ils ont été fabriqués à la main par des artisans amoureux de leur métier. Ces objets ont connus bien des vicissitudes, bien des accidents : Ils ont été cognés, sont tombés, ont été remisés à la cave ou au grenier pendant des années où la patine du temps s’est accumulée pour leur faire un manteau de crasse et de poussière. Ne t’empresse pas de les nettoyer et les briquer trop vite, au contraire, profite de leur découverte pour les immortaliser par quelques photos ou croquis alors qu’ils sont tout empêtrés dans leur toile d’araignée. Une fois lavés, frottés, lustrés ils retrouveront certes une nouvelle jeunesse mais perdront aussi beaucoup de leur charme…

Tantôt c’est un col ébréché sur un pot à pharmacie ancien en grès ou une bosse ou un creux sur un couvercle en étain. C’est une éraflure ou des trous de vers sur un vieux bois. Bref c’est tout ce qui fait le charme de ces objets anciens que nous conservons précieusement comme les témoins muets d’une époque révolue. L’objet est tordu et bancal ? Tant mieux : Accentue cet effet !

Toutefois le conseil que je te donne est d’établir une échelle de valeur qui ira du blanc papier – valeur la plus claire – pour traduire la lumière jusqu’à la valeur la plus sombre qui sera l’ombre propre sur l’objet, voire l’ombre projetée (toujours plus foncée que l’ombre propre). Un même objet peut avoir à la fois une ombre propre et une ombre projetée. Ici sur le coté du pot en grès opposé à la lumière, le col projette une ombre. Idem sur le pied mais plus léger.

Parfois il est bien pratique d’utiliser le grain du papier pour traduire la matière. Un grain convient très bien pour un vieux métal rouillé, une surface irrégulière. Observe les veines du bois, elles peuvent dessiner des lignes parallèles, ou des nœuds, des effets « moirés » comme avec le chêne. Une fois encore le réalisme de ton dessin va dépendre de l’acuité de ton observation. Inversement l’absence de grain est propice à rendre le verre, ou un métal poli et brillant comme le cuivre, l’argent, ou l’or. Le plus difficile est de savoir faire abstraction de la couleur. Si tu travaille d’après photo utilise une image en noir et blanc. Si cette image est en couleur et si tu dispose d’un programme de retouche de photo – comme Photoshop – alors passe la photo couleur en noir et blanc avec la fonction “désaturation” (image > réglages > désaturation ou Maj+Ctrl+U). Si tu ne dispose pas d’un tel programme sur ton ordinateur essaye de percevoir les valeurs en clignant des yeux en regardant au travers d’un filtre rouge (valable aussi pour dessiner d’après nature)… ou encore scanne ta photographie couleur pour l’imprimer en noir et blanc.

Rien ne peut remplacer l’expérience, entraine toi avec des objets qui te sont familiers. Une tasse, un bol, une cafetière, une petite cuillère, un pot de confiture, un bougeoir, une vieille lampe… la cuisine, la cave et le grenier regorgent d’objets à dessiner. Bon dessin!

EN RÉSUMÉ :

1. Matière = La façon dont s’accroche la Lumière

2. Pierre Noire plutôt que crayon 9B

3. Papier à grain = Matériau mat absorbant la lumière

4. Papier lisse = Matériau réfléchissant, métal, verre

5. Blanc du papier = éclat de lumière

 

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