Portrait de David réalisé pendant mes études aux Beaux-Arts de Paris

« Les Sabines » tableau de grandes dimensions (385 × 522 cm) réalisé par Jacques Louis David en 1799, en réponse à l’enlèvement des Sabines de Nicolas Poussin. Ce tableau, qui a pris quatre ans pour sa réalisation, représente les Sabines s’interposant entre les Romains – conduit par Romulus – et les Sabins conduit par Tatius. Au centre de la scène, Hersilie, s’interpose entre son mari Romulus qui s’apprête à lancer son javelot contre son père Tatius.

Pour cette étude de tableau, je vais me risquer à une analyse succincte de cette œuvre. Comme toute exégèse, l’exercice ne prend de sens que si l’on adhère à l’idée qu’une œuvre picturale puisse aussi s’expliquer sur un plan symbolique et pas seulement d’un point de vue technique. D’abord je t’invite à relire mon article http://apprenez-a-dessiner.com/une-autre-lecture-de-la-peinture-et-du-dessin/ qui t’explique une approche différente pour interpréter et comprendre la peinture autrement.

L’organisation spatiale de l’œuvre : Le tableau se découpe en deux bandes horizontales. Celle du haut (l’esprit) se décompose à son tour en une partie gauche (le passé) et une partie droite (le futur) et la zone du bas (le monde de la matière) dans laquelle se déroule l’action. Regardons y de plus près.

En haut à gauche une forteresse adossée et ancrée sur le rocher symbolise la stabilité. L’esprit tire sa force de ses racines. Nous avons tous entendu parler ou lu quelque chose à propos de la profonde souffrance d’être « de nulle part » (déraciné). Devoir quitter sa terre natale est souvent un véritable déchirement tout comme la vie de l’orphelin adopté qui recherche inlassablement ses parents géniteurs pour retrouver la trace de ses origines.

En haut à droite une pique fichée dans une gerbe et quelques lances. La gerbe c’est la moisson, le renouveau après la mort. La gerbe coupée par la faux du moissonneur c’est la vie fauchée par la mort (souvent représentée sous la forme d’un squelette portant une faux) mais dans cette gerbe se trouve les épis coupés qui portent en eux la semence (les graines) qui à nouveau donneront vie à de nouveaux champs de blé. C’est la vie après la mort, la résurrection pour les uns ou la réincarnation pour les autres.

En partie basse c’est le chaos de la bataille qui fait rage entre les Romains et les Sabins. La vie est une lutte permanente. La femme en blanc (symbole de pureté) est l’élément stabilisateur. Elle est l’élément d’équilibre (les bras tendus pour séparer les protagonistes mais aussi les bras en croix comme le Christ Rédempteur des Chrétiens ou comme les deux bras en équilibre de la balance Roberval qui pèse et mesure. C’est la pesée des morts de l’ancienne Egypte avec Anubis le Chacal et Thot l’Ibis.

La symbolique: Romulus, époux d’Hersilie, est représenté nu de dos. Il représente la jeunesse. Les attributs virils sont rarement montrés sur la peinture classique mais sont évoqués. Ici c’est la lance qui symbolise le phallus. Romulus la brandit de la main droite (l’action) pour en frapper Tatius, son beau-père, accomplissant dans ce geste la mort symbolique du père. Romulus représente la jeunesse qui doute et s’interroge. Il regarde vers son passé  (la gauche du tableau) en tournant le dos à son avenir (le futur représenté par la droite du tableau). En poursuivant la direction du javelot on s’aperçoit qu’il vient « crever l’œil » de Tatius. Le Sabin Tatius c’est le passé qui jette un œil sur l’avenir (Romulus). C’est l’homme qui interroge la pythie ou les oracles pour percer le mystère de son destin. Romulus refuse de faire face à son destin en plongeant aveuglément dans son passé. Bien campé sur ses positions, il se refuse à avancer.

Le glaive de Tatius dirigé vers le sol détourne vers la terre le courroux du ciel (la lance de Romulus) un peu à la façon du paratonnerre. Ceci induit un mouvement de l’œil vers le sol pour éviter au spectateur de sortir du tableau par la gauche et nous renvoie vers le coté droit du tableau en suivant la ligne des pieds. Le spectateur est ainsi renvoyé vers le premier personnage en avant de la fresque dont le mouvement de la jambe droite en suivant la cuisse dirige l’œil vers la main droite de Romulus qui tient la lance créant ainsi un mouvement elliptique. La boucle est bouclée…

Maintenant prenez quelques minutes pour observer les lignes que j’ai tracé sur le tableau. Vous verrez que rien n’est là par l’effet du hasard comme c’est malheureusement si souvent le cas aujourd’hui… Tout est murement pesé, réfléchis, c’est pourquoi il a fallut quatre ans à David pour élaborer et réaliser ce chef d’œuvre de la peinture Classique. Pas un œil, un nez, une bouche, un bras ou une jambe qui ne soit construit selon une ligne directrice. Aux bras tendus (don de soi) d’Hersilie (tunique blanche) – avec une main paume en l’air pour recevoir et l’autre main paume tournée vers le sol pour restituer à la terre les bienfaits reçus du ciel – s’oppose les bras repliés au dessus de la tête en signe de protection et de supplication (tunique rouge). Le repli sur soi s’oppose ainsi au don de Soi.

« Le monde n’est pas toujours ce qu’il parait être, il est ce que nous en faisons…»

En prenant chaque élément du tableau et observant sa position par rapport à l’ensemble on peut ainsi établir une hiérarchie et raconter une histoire secrète ou cachée qui peut différer de l’histoire officielle. Cela n’a évidemment pas valeur scientifique mais ce jeu de l’esprit est plaisant et permet de dépasser le simple monde des apparences. Le monde n’est pas toujours ce qu’il parait être, il est ce que nous en faisons. Je te souhaite un monde de Bonheur et d’Harmonie tourné vers le plaisir de l’Art et du Dessin.

Fais de ta vie ton plus beau tableau !!!

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