Faut-il dessiner avec ses émotions ? ou pas… voilà bien la question la plus difficile à trancher ! Je vais faire une réponse de Normand “P’tet ben qu’oui mais p’tet ben qu’non…” (peut-être que oui mais peut-être que non). Le Normand est un gars prudent mais aussi quelqu’un d’expérience et de bon sens. Il sait pour l’avoir vécu personnellement qu’il y a dans la vie des circonstances qui vont faire que la réponse sera positive et d’autres moments ou la réponse est non.

Alors qu’elles sont les circonstances – d’un point de vue émotionnel – favorables ou défavorables au dessin ? Ma réponse serait plutôt de formuler la question autrement. La voici: Est-ce que le sentiment que j’éprouve actuellement me stimule ou me bloque pour dessiner (ou peindre) ? S’il me bloque alors la réponse est forcément non, tandis que s’il me stimule ce sentiment sera “positif” quel qu’il soit. Ainsi une colère (sentiment vécu négativement par beaucoup) sera positive si elle permet de créer une œuvre forte. J’en veux pour preuve deux exemples célèbres. En réaction au terrible bombardement (en avril 1937) de la petite ville du pays Basque Espagnole de Guernica durement frappée par l’aviation Allemande Nazie et celle du fasciste Italien Benito Mussolini, Pablo Picasso peint une œuvre grandiose et tragique pour dénoncer ce massacre comme l’avait fait avant lui Francisco Goya, un autre artiste Espagnol, au lendemain des guerres de colonisation Napoléoniennes avec ses “Dos de Mayo” et “Tres de Mayo”.

Les sentiments de colère, de révolte, de douleurs peuvent donc donner naissance à des œuvres qui laissent rarement le spectateur indifférent à leur vision. A contrario un sentiment d’Amour qui est un sentiment positif peut très bien bloquer l’artiste par une “overdose” d’émotions. Chacun de celles et ceux qui se sont essayé au portrait d’un proche (un parent, un enfant, “l’amour de sa vie”) sait combien la charge affective peut s’avérer “contre productive” et retenir la main de l’artiste qui ne peint pas ce qu’il voit mais ce qu’il ressent pour l’être aimé.

J’ai eu le bonheur et l’honneur de partager neuf ans de la vie d’une belle et merveilleuse aquarelliste (Maryse De May) à qui l’on doit l’excellent ouvrage didactique “Peindre avec ses sentiments” et dont l’émotivité peut l’amener au bord des larmes en peignant certains sujets comme le portrait d’une enfant défunte ou d’un mari disparu à la demande des familles… Épreuve terrible et redoutable pour cette grande artiste hyper sensible dont un sujet aussi “banal” qu’un escargot sur une feuille de salade ou une pomme flétrie peut susciter chez elle un flot d’émotions. C’est aussi le prix à payer de ce qui fait la beauté de ses œuvres dont on perçoit l’émotion au bout du pinceau. Le public ne s’y est pas trompé, c’est ce qui fait la différence entre une véritable Artiste et un simple “faiseur de tableau”.

Toutefois je pense qu’il faut faire un distingo entre l’émotion et l’émotivité. Les émotions sont indispensables pour un artiste tandis que l’émotivité n’est pas utile. Etre émotif c’est céder le pouvoir à ses émotions, se laisser diriger et submerger par celles-ci ce qui n’est jamais bon. Cela parfois peut nous conduire dans la vie à faire de mauvais choix et confondre le fond avec la forme. Un cerf aux abois fuyant la meute des chasseurs, un enfant qui pleure, une maternité sont des sujets attendrissants et beaux à peindre mais le fond ne doit pas l’emporter sur la forme. C’est à dire qu’un manque de maîtrise technique (un mauvais dessin, une mauvaise composition ou une mise en lumière ratée) va desservir le sujet traité et l’émotion ne passera pas (ou très mal) et ce sera peut être le ridicule qui l’emportera (disproportions des personnages, erreurs grossières de perspective).

Nombreux sont ceux qui se laissent emporter par leur enthousiasme pour un sujet et sont dépassés par la technique ce qui est toujours dommage. On ne naît pas artiste, on le devient par un long apprentissage. Le “génie” de la peinture ou du dessin n’est ni inné ni héréditaire, il se mérite et se gagne à force d’efforts répétés. “Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage” concluait ce bon Jean De La Fontaine dans la fable du Lion et du Rat. Cela veut dire que plutôt que de t’atteler à une aquarelle de grand format si tu n’en a jamais fais (ou très peu) commence par des sujets simples et des petits formats. Plutôt que de dessiner d’imagination commence par étudier l’anatomie, la perspective ou le paysage chez les anciens. Plutôt que de peindre une fois par mois à l’atelier où tu prends des cours dessine un peu tous les jours sur un petit carnet de croquis. Un travail régulier est toujours préférable à un stage intensif sur deux ou trois jours qui te laissera épuisé(e) et avec plus de questions qu’avant de l’avoir suivi. Par analogie je dirais qu’un lycéen à plus de chance de réussir son baccalauréat si son travail est régulier plutôt que de bachoter quinze jours avant l’épreuve s’il n’a rien fait le reste du temps. Pour le dessin (et la peinture) c’est la même chose.

Croquis rapide de ma vieille maman

Si la montée d’adrénaline à l’approche d’une exposition est positive à contrario céder à la peur “panique” est fortement déconseillé. Focalise toi sur ta respiration abdominale, et demande toi que ce qui peut t’arriver de pire dans cette situation ? Ne pas être prêt pour exposer ? Pour y remédier expose 1/3 d’œuvres nouvelles et 2/3 d’œuvres plus anciennes (ou l’inverse si tu as plus de nouveautés), de cette façon tu es assuré de ne pas être “tout nu” le jour de ton exposition… Tu as déjà des choses à montrer et il y a fort à parier que tes œuvres anciennes ne choqueront personne. Soit le public est nouveau et ne les connait pas, soit c’est le public habituel et il aura déjà oublié une partie de tes travaux ou sera très heureux de les redécouvrir à cette occasion. Tu te fais une montagne de ce qui n’est qu’un monticule: Avance sans peur tu es sur la bonne voie ! Je te salue et te souhaite beaucoup de bonheur à dessiner en attendant d’avoir le plaisir de te retrouver pour un nouveau sujet.


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2 thoughts on “Faut-il dessiner avec ses émotions ?

    1. Bonjour ma Coralie,

      Merci pour ton appréciation et ta visite.
      Tu as posté de bien belles photos de Thaïlande sur Instagram et j’admire ton naturel et ton aisance dans tes vidéos sur YouTube. Voilà un exercice qui me “paralyse” encore et sur lequel je procrastine beaucoup… pourtant je ne peux plus dire que je n’ai pas le matériel… C’est comme pour le dessin j’ai plein de matériel que je n’utilise pas ou très peu… J’ai même un mini drone pour des vues aériennes, j’ai les logiciels de montage (que je ne maîtrise pas encore parfaitement, un prompteur (que je dois monter depuis 5 mois), 2 caméscopes et leurs supports, fond vert, blanc ou noir pour les incrustations (façon bulletin météo), les éclairages photos, et un bon matériel pour la prise de son, bref il n’y a plus qu’à… mais c’est difficile de franchir le pas… il va falloir que je m’essaye a “Skyper” avec ma sœur (car même avec elle je suis réticent aux vidéos ou aux selfies)…

      Bien des Bises Affectueuses

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