Bien souvent le fond à l’aquarelle pose plus de problème que le sujet lui même. Faut-il peindre le sujet d’abord et le fond ensuite ? Ou faire l’inverse ? C’est l’éternelle question qui taraude plus d’un débutant (et pas qu’eux) pour ne pas ruiner son aquarelle lorsque l’on a un beau sujet. J’aurais tendance à faire une réponse de Normand… ça dépend du sujet. Toutefois si tu respecte un certain nombre de conseils simples tu ne devrais jamais raté une aquarelle du moins d’un point de vue harmonie des couleurs. Pour la technique il faut répéter le geste jusqu’à le maîtriser.

Alors comment et quoi faire ?

  1. Il faut faire circuler les couleurs. Certains artistes à chaque fois qu’ils posent une touche d’une couleur différente sur leur sujet principale vont aussi déposer un peu de cette même couleur sur leur fond. Pourquoi faire ? Parce que cela permet de rattacher le sujet principal au fond pour que ce sujet soit parfaitement intégré.
  2. L’inverse est possible c’est à dire que lorsque dans le fond je place une couleur, je viens mettre un peu de cette même couleur sur mon sujet principal.                                                ici il s’agit d’un pastel mais le principe est identique à l’aquarelle – © JisséBro
  3. Prépare ton fond et ton sujet séparément mais pense les comme un tout, comme une seule image.

Pour te faire comprendre la façon de procéder je vais te montrer et t’expliquer comment j’ai créé mon aquarelle “Misère”. D’abord je me suis inspiré d’une photo que j’ai prise d’un clochard Parisien assis sous un abri de bus. J’ai réalisé un premier dessin d’après cette photo. Voici la progression du dessin.

Tu peux constater – si tu es observateur – quelques très légères modifications au cours du dessin… J’ai très légèrement rapproché le petit chien de son maître. L’espace négatif entre le talon de la chaussure du pied gauche et la patte avant droite du chien est rétréci et la tête du chien passe sur le pan du manteau car sur le premier dessin le manteau frôle la tête du chien… Un “à peu près” n’est jamais souhaitable: Soit il y a contact soit il n’y a pas mais le “presque” contact n’est pas bon. En second lieu j’ai déplacé l’oiseau qui était trop proche de la bouteille pour le rapprocher du quignon de pain en lui adjoignant un petit compagnon. A deux la misère est plus “supportable” (2 oiseaux, le maître et le chien) mais demeure intolérable…

Ensuite j’ai traité mon fond à l’aquarelle sur une grande feuille de papier ARCHES (bloc 20 pages 300 gr. 46 x 61 cm). Après avoir bien mouillé ma feuille plusieurs fois avec une brosse large appelée spalter je suis venu dans l’humide poser mes couleurs en utilisant les complémentaires Jaune et Bleu. Dans un autre article je reviendrai sur comment réaliser un fond en technique humide. Lorsque le fond a été bien sec j’ai décalqué mon dessin et j’ai posé le calque par dessus mon fond pour le photographier deux fois (dans un sens et puis l’autre) afin de déterminer quelle serait la meilleure orientation pour mon sujet.

A partir d’un seul fond j’ai ainsi obtenu deux atmosphères très différentes. Voyons ensemble qu’elle a été mon choix et pourquoi. Je voulais traduire la profonde détresse humaine de ces pauvres hères sans un toit au dessus de la tête, sans la douceur et la chaleur d’un foyer, souvent broyant des idées noires face à l’indifférence et la rudesse du monde.  La tête – siège de l’âme et de l’esprit – est solaire dans l’exemple de gauche, c’est à dire que les idées sont lumineuses, le personnage est nimbé de lumière. Ce rayonnement suggère une idée de chaleur (celle du soleil ou du feu dans la cheminée) et de bien être ou de bonheur ce qui est totalement en contradiction avec ce que je veux exprimer.

Dans le second exemple la tête – siège des émotions – est dans le bleu froid ce qui traduit bien les idées “noires” que le malheur d’être à la rue peut engendrer… A l’inverse le point focal donné par la lumière jaune qui réchauffe et réconforte est posée sur les petits oiseaux, le chien et la bouteille. Ces éléments sont bien les compagnons d’infortune mais aussi l’unique réconfort de ce pauvre homme. Son chien c’est sa vie, son meilleur ami, le confident des jours tristes et des moments heureux. Le litre et le bout de pain qu’il partage avec les oiseaux sont sa maigre pitance et sa survie. C’est donc tout naturellement ce second choix qui fut le mien pour réaliser mon aquarelle.

Misère – aquarelle JisséBro – 36 x 57 cm.

J’espère que cet exemple te montre à la fois la réflexion que tu dois conduire avant de passer à la réalisation de l’oeuvre finale et te fais comprendre tout à la fois l’importance et la symbolique des couleurs. Les couleurs racontent leur histoire. Une couleur chaude ne raconte pas la même histoire qu’une couleur froide. Tu ne peux pas évoquer l’hiver avec une couleur qui va t’évoquer les eaux turquoises d’un lagon hawaïen ou le sable doré du désert. Connais-tu les cathédrales de Monet ? Cet illustre artiste à peint la Cathédrale de Rouen sous toutes les saisons et à toutes heures de la journées. Le résultat est flamboyant et haut en couleurs chaudes et froides. 

Maintenant c’est à toi de faire. Ton crayon est-il bien taillé ? Ton carnet de dessin est-il prêt ? Ton calque à portée de la main ? Dessines-tu d’après photo ? As-tu choisi ton image ? Voila la première étape est donc de réaliser ton dessin à l’échelle de ton aquarelle finale, puis de le décalquer. C’est fait ? Alors prend ton spalter pour mouiller ta feuille de papier…  à présent c’est à toi de jouer !


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