Récemment au cours d’une discussion à bâton rompu sur l’Art, sur la vie d’artiste et sur le dessin, une amie m’a demandé « Jissé j’aimerai bien apprendre à dessiner mais la Perspective c’est beaucoup trop compliqué pour moi. Crois-tu qu’il est quand même possible de dessiner sans la connaître ?« 

Bonne question… Merci de me l’avoir posé. J’ai des origines Normandes par ma grand mère maternelle mais aussi du coté de la branche principale – celle de mon patronyme (Brault). Un de mes ancêtres Normands répondrait « p’tètte ben qu’oui mais p’tètte ben qu’non » – peut-être que oui mais peut-être que non ! Cet « aphorisme très Cauchois » résume bien une vérité fondamentale: Si la connaissance de la perspective n’est pas indispensable pour dessiner elle demeure fort utile dans certains cas.

Si vous voulez dessiner un portrait ressemblant, la perspective ne vous sera pas d’une très grande utilité. Elle n’est pas non plus très utile pour réaliser une nature morte: La perspective de la banane, on s’en fout ! A contrario si vous êtes paysagiste il faudra connaître une ou deux règles de base – oui, je dis bien – une ou deux mais pas cinquante… Par contre si vous souhaitez intégrer une école d’architecture, faire du coaching en déco ou faire de la BD, alors dans ce cas il vous faudra (plus ou moins) maîtriser « la pers ». Comme vous le voyez c’est vous qui décidez, le choix vous appartient. Ce n’est ni à moi, ni à quelqu’un d’autre, de vous imposer d’apprendre la « pers » pour améliorer votre technique picturale. Vous seul savez ce que vous souhaitez faire. En architecture, je sais qu’aujourd’hui ce sont les logiciels 3D qui « font le job » mais il n’est sans doute pas inutile de comprendre les techniques du dessin en perspective car cela fait gagner du temps. On travaille plus vite et mieux lorsque l’on sait où l’on va.

J’ai rédigé un petit guide de 28 pages avec de nombreuses illustrations pour vous montrer avec des exemples pratiques faciles à reproduire comment dessiner un clocher, ou mettre un cercle en perspective, ou planter des arbres à intervalles réguliers au bord d’une route. Utile de savoir dessiner tout cela ? Peut être ou peut être pas… comme dirait Régis Laspalès dans un sketch avec son comparse Philippe Chevalier « C’est vous qui voyez » 😉

tete_chat

Pas de perspective nécessaire pour dessiner une tête de chat… ou votre animal familier.

venezia

Très peu de perspective sur cette représentation, au feutre, d’un palais vénitien en vue frontale.

Lorsque l’on fait de « l’urban sketching » (du croquis urbain) très à la mode actuellement il y a plus de risque de se heurter aux vues en « pers »… Pour contourner la difficulté il faut commencer par de grands espaces tout en n’en dessinant qu’une portion… Plus l’espace est vaste et plus il est possible de prendre du recul par rapport à la scène que l’on veut dessiner. En nous éloignant d’un objet il y a moins de déformations visuelles donc l’objet est plus facile à représenter. Au fur et à mesure de nos progrès il est possible de dessiner dans des espaces de plus en plus réduits. Un espace réduit est certes plus intéressant à dessiner mais il accentue les lignes de fuites et les déformations liées à la perspective. Si vous vous trouvez dans une rue étroite ne dessinez pas toute la rue mais seulement un élément dans la rue comme une porte ou une fenêtre. Cela permet ainsi de mettre l’accent sur un détail architectural intéressant, de faire un « beau » dessin, tout en s’affranchissant de la complexité de devoir dessiner toute la rue en enfilade avec les déformations visuelles que cela implique.

« PRENEZ DU RECUL CHAQUE FOIS QUE C’EST POSSIBLE
SINON ATTACHEZ VOUS A UN DÉTAIL ET SIMPLIFIEZ  ! »

Vous ne voulez pas vous ennuyer avec la perspective ? Bienvenue au club ! L’apprentissage de cette technique n’est pas un prérequis pour dessiner. Le dessin c’est bien autre chose. C’est la ligne claire d’un Hergé et de son éternel jeune héros, Tintin reporter, avec ses culottes de golf et son inséparable Milou. Ce sont les autoportraits clairs obscurs de Rembrandt avec ses gravures, ce sont aussi les bois gravés d’Albrecht Dürer fils d’émigré, devenu riche et célèbre avec grâce au dessin. Le dessin c’est le plaisir de partager et d’échanger entre amis, c’est le plaisir du bâton de pastel sec caressant la feuille de papier en y déposant délicatement son pigment en une touche délicate, c’est le plaisir de l’aquarelle avec les volutes colorées qui se forment dans le pot d’eau lorsque l’on y plonge la pointe du pinceau. Le dessin c’est du plaisir et de la passion que l’on partage avec Vinci, Picasso, Rubens, Sofonisba Anguissola que les plus grands peintres de la Renaissance venaient visiter de toute l’Europe pour la qualité de son enseignement dans l’art du portrait. Waoooh n’est-il pas excitant de s’inscrire – modestement, chacun à son niveau – dans cette prestigieuse lignée d’artistes. La passion du dessin fera de vous un membre de cette grande famille de l’Art. Nul besoin d’un titre de noblesse, seul l’amour, la volonté, le désir de dessiner sont nécessaire pour y entrer. Bienvenue dans ma famille, celle des amoureux du dessin !

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