On ne dira jamais assez que, ce qui fait le succès ou l’échec d’une peinture, ou d’un dessin, réside dans une source extérieure: LA LUMIÈRE. Pour faire comprendre toute l’importance d’une belle mise en lumière, je vais montrer comment, à partir d’un même objet, on peut obtenir des résultats très différents l’un de l’autre.

Tout d’abord, quelques mots sur le sujet choisi pour illustrer mon propos. Il s’agit d’un buste en marbre blanc acheté en salle des ventes il y a quelques décennies. Sur la plateforme de la sculpture un nom. Celui d’Alfred BOUCHER injustement retombé dans l’oubli. Il fut en son temps l’égale d’Auguste RODIN.

C’est lui qui commença à former Camille CLAUDEL à la sculpture mais, ayant réussi le concours du Prix de Rome, il doit partir pour la Villa Médicis et confie l’apprentissage de sa jeune élève au grand sculpteur, son ami. C’est aussi à la grande générosité de BOUCHER que l’on doit l’œuvre sociale de LA RUCHE. BOUCHER – comme RODIN – jouissait d’une reconnaissance officielle de l’Etat et d’une grande notoriété auprès des bourgeois fortunés qui lui passaient régulièrement commandes. Hélas, ce n’était pas le cas de nombreux artistes qui avaient bien du mal à joindre les deux bouts. C’est pourquoi BOUCHER racheta un pavillon de l’exposition universelle de 1900 voué à la destruction pour le reconstruire dans le quartier Saint Lambert (15ème) et offrir le gite à ces collègues moins chanceux. Longtemps ouverte au public, la RUCHE est désormais réservée à un petit nombre d’artistes “privilégiés” qui y demeurent souvent pour la durée de leur vie dénaturant ainsi l’esprit d’entraide et de partage des origines.

Une dernière anecdote plus personnelle à propos de BOUCHER. Enfant je voyais trôner sur un meuble du salon un plâtre représentant un Angelot pris dans les mailles d’un filet de pêche. A l’origine il était couvert de marques au crayon faites par l’artiste. Ces marques servent de repères. Elles sont reportées, une à une, à l’aide d’un compas sur l’œuvre finalisée dans le marbre. Pourquoi mes grands parents possédaient-il ce plâtre que ma grand mère disait être un cadeau de BOUCHER ? Tout simplement parce que jeune enfant mon oncle Henri avait posé comme modèle pour l’angelot. Hélas ma pauvre grand mère qui n’avait aucune culture artistique avait trouvé toutes ces marques disgracieuses et les avait copieusement badigeonnées de deux couches de peinture (une première couche rose nacré, et une seconde blanche bien épaisse). De plus, avec le temps une aile a été un peu endommagée. J’ai commencé à nettoyer au scalpel les couches mais pas sûr de réussir à retrouver les marques de crayon. Dommage !

Maintenant j’en viens à l’éclairage. Fabriquez vous une boite « lumière ». C’est une boite rectangulaire (sans couvercle) avec un fond, et quatre faces. Elle peut être en bois, en carton épais ou en contre-collé. Tapissez le fond et les faces d’un papier ou un tissu noir pour absorber la lumière. Placez la composition à peindre (coupe de fruits, bouteilles, flacons, objets divers, sculpture) dans la boite. Maintenant à l’aide d’une pince à dessin fixez sur un des bord une petite lampe « led » pour éclairer votre sujet. Faites le noir dans la pièce et allumez la lampe. Prenez des photos en déplaçant la pince pour faire varier la source lumineuse.

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Les deux photos ci-contre vous montrent deux effets obtenus avec un éclairage latéral en approchant ou éloignant la lampe. Sur l’image la plus éclairée, les ombres sont plus douces et les zones « ombre-lumière » moins définies. Observez les yeux. Ils regardent de coin vers le haut. Considérons la seconde photographie, que constate t’on ? La joue gauche est plus éclairée et les ombres sur la joue droite plus marquées mais surtout le regard à changé.

La jeune fille semble nous regarder droit dans les yeux ! C’est le fascinant mystère et la magie créés par le burin du sculpteur, véritable démiurge insufflant la vie à sa créature… Surprenant comme en déplaçant – parfois de quelques centimètres – une simple lumière autour d’un sujet, on obtient des résultats très différents. Un tableau ou un dessin sont un vrai petit théâtre d’ombres, grâce à l’éclairage. Cherchez l’effet le plus dramatique et vous obtiendrez toujours une œuvre de caractère qui ne laissera personne indifférent.

Alors que la lumière soit, elle fera de vous un roi !

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