«  I live life in the margins of society, and the rules of normal society dont apply to those who live on the fringe. »

(Je vis en marge de la société. Et les règles de la société “normale ” n’ont pas cours parmi les marginaux.)

Tamara de Lempicka (1898-1980)

Belle, sensuelle, voluptueuse, sulfureuse, perverse, scandaleuse, rebelle, libre, indisciplinée, inspirée, intelligente, talentueuse, ambitieuse, provocatrice, noble, riche, élégante, raffinée, vénale, superficielle, frivole. Tous ces qualificatifs sont comme autant de petites touches de couleurs qui font la richesse d’un portrait ; celui d’une femme extraordinaire c’est-a-dire hors du commun. Son histoire est de celle qui fait la trame des romans d’aventure ou d’espionnage. Plus qu’une artiste sure de sa valeur, Tamara a construit, sa vie durant, le mythe de sa propre légende : Icone glamour internationale elle fera la couverture de nombreux magazines de mode. Elle fréquentera les stars comme son amie Greta Garbo, les barons de l’industrie, les princes de la finance et même les têtes couronnées comme son Altesse Impériale le grand-duc Gabriel dont elle réalise le portrait avant de tomber dans un oubli passager puis de connaitre une gloire nouvelle sur la fin de sa vie.

Elle meurt au Mexique le 18 mars 1980 où ses cendres seront théâtralement dispersées au-dessus du volcan Popocatépetl. En 1984, une pièce de théâtre qui lui est entièrement consacrée, sera jouée à Hollywood avec un succès considérable pendant plusieurs années.

Petit retour en arrière ; Elle vit le jour en 1898 à Varsovie. C’est a l’âge de treize ans qu’en compagnie de sa grand-mère elle visite l’ltalie et ses innombrables richesses artistiques. Sa vocation y prend sa source tandis qu’elle découvre Botticelli et les peintres de la Renaissance Italienne. Fâchée du remariage de sa mère, à l6 ans elle quitte sa Pologne natale pour aller vivre chez sa tante à Saint-Pétersbourg ou elle fera rapidement la conquête d’un jeune avocat — le comte Tadeusz de Lempicki – qu’elle épousera deux ans plus tard. Il s’agit en fait autant d’une “transaction commerciale” que d’un mariage d’amour, l’oncle de Tamara, – riche banquier – ayant passé une sorte de contrat moral avec Tadeusz: “mon garçon vous êtes de bonne famille mais sans le sou, je suis fortuné, vous épouserez ma nièce et je la doterai richement”.  L’affaire fut d’autant plus rapidement conclue qu’il y a une réelle attirance physique chez les deux jeunes gens.

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Mais bientôt un drame allait assombrir le ciel de la “riante” Russie, celle des beaux salons dans lesquels évoluent Tamara et ses amis. Tadeusz est arrêté en 1918 parce ce que sa position sociale le rend suspect aux yeux des Bolcheviks qui, depuis un an, ont pris en main la destinée du pays.

La jeune mariée se rend alors auprès du Consul de Suède pour lui demander, en échange de quelques faveurs sexuelles, de l’aider à faire libérer son mari.

L’homme tient parole et Tadeusz est rapidement libéré. Tamara fuit avec son époux vers Paris, désormais devenu le refuge de l’Aristocratie Russe. (1)

Après les années roses ce sont les années grises: Le jeune couple sans travail dépend de la générosité de leur entourage et ne mange pas toujours à sa faim. Réfugiés dans leur minable petite chambre d’h6tel bon marché, le comte a perdu de sa superbe : C’est par désœuvrement, plus que par amour, qu’il fera un enfant à sa femme. Kizette sera l’unique enfant de l’artiste. C’est sur les conseils insistants de sa jeune sœur Adrienne, alors étudiante en architecture, que Tamara prend des cours de peinture. Elle fréquente alors les ateliers d’André Lhote et de Maurice Denis. Elève douée – en moins de deux ans — elle trouve “son” style, celui qui lui fait dire : “Je veux qu’entre cent peintures on reconnaisse un de mes tableaux au premier coup d’œil”. Sa première exposition personnelle connait un certain succès. Elle commence à vendre ses œuvres par l’intermédiaire de la galerie Colette Weill et expose aux Indépendants, aux Tuileries, au Salon d’Automne et au Salon “des moins de trente ans”. A vingt huit ans elle gagne son premier million et peut ainsi mener la vie qu’elle aime faite de voyages, de réceptions, de grands hôtels, ce qui lui permet de fréquenter les célébrités (artistes et écrivains) du moment. Les journaux de mode américains en font une de leurs égéries. Mais bientôt le couple bat de l’aile.

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Tamara reproche à son époux son inactivité tandis qu’il lui reproche son infidélité permanente. Tadeusz ne peut, seul, suffire à satisfaire le tempérament de braise de sa jeune épouse. Papillon de nuit, Tamara brûle ses ailes d’ange aux feux follets de ses débauches sexuelles. Hommes, femmes, amants uniques ou multiples, peu lui chaut pourvu qu’elle noie ses désirs les plus fous dans l’ivresse d’une jouissance éphémère et fulgurante. Personne ne résiste bien longtemps aux charmes de cette superbe amazone.

La belle Polonaise ne laisse personne indifférent – homme ou femme – on l’aime ou on la déteste pour ce qu’elle est et tout ce qu’elle représente : Le luxe, la vie facile et insouciante qui se rit des difficultés du temps présent. Pendant que Tamara et ses amis s’étourdissent dans le clinquant des fêtes rutilantes du Ritz ou du Grand Hôtel de Monte Carlo, d’autres triment, peinent et s’échinent pour gagner leur pain quotidien. Ces deux mondes cohabitent et s’ignorent.

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En 1928, lassé des frasques de son épouse, Tadeusz divorce. Pour se venger Tamara exposera son portrait inachevé (la main droite tenant le chapeau haut de forme) sous le titre évocateur “portrait d’homme” rien de plus. Cette même année le musée national de Nantes lui achète le portrait de sa fille “Kizette en rose”. C’est sa première œuvre à entrer dans une collection publique.

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Tamara installe son atelier rue Méchain dans un immeuble dessiné par l’architecte à la mode Robert Mallet Stevens relation de sa sœur Adrienne elle-même architecte diplômée de l’Ecole Spéciale d’Architecture (Boulevard Raspail).

Elle fait bientôt la connaissance du baron Raoul Kuffner qui collectionne ses tableaux. Elle devient sa maîtresse et finira par l’épouser en 1933. A la veille de la guerre le couple part s’installer à Beverly Hills et New York. Dans les années soixante Tamara s’essayera à la peinture abstraite sans parvenir à convaincre son public quelque peu désorienté par ce tardif changement de style.

La mort de son mari aura de graves répercussions sur son équilibre psychique et mental : Vieillissante elle régnera en despote sur la vie familiale de sa fille la baronne Kizette Lempicka-Foxhall. “Sic transit gloria mundi”.

Tamara laisse une œuvre magistrale riche et colorée ou abondent les portraits, les nus (souvent érotiques) et les natures mortes. Elle laisse surtout un style reconnaissable entre tous et le souvenir d’une femme libre et affranchie des contingences matérielles de ce monde. Artiste dévoyée et débauchée ou mystique en quête de sainteté, la belle aura concédé à la légende sa vraie part de mystère.

Le succès lors des nombreuses expositions de ces dernières années portent témoignage du réel intérêt du public pour ses œuvres joyeuses et décoratives.

Tamara de Lempicka n’est pas morte, elle a rejoint la cohorte des Artistes majeurs troquant ainsi son rôle équivoque de “maitresse” pour celui plus flatteur de Maître de la Peinture.

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CHAPEAU TAMARA !

(1) Pour s’en convaincre il suffit de visiter le cimetière Russe de Sainte-Geneviève-des-Bois (classé monument historique), on y trouve les tombes de nombreux aristocrates, tels les princes Romanov et la princesse Romanovsky-Kransinsky.

Rudolf Noureev et l’actrice Odile Versois (sœur de Marina Vlady), y sont également enterrés.

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