david

Copier ou ne pas copier voilà la question… Combien de fois n’ai-je entendu qu’il n’est pas bien de copier… Et cela a commencé dès ma petite enfance « Jean-Claude tu me copieras cent fois qu’il ne faut pas copier sur ton voisin et tu me feras signer ta punition par tes parents ». Oh le paradoxe ! « Tu me copieras cent fois qu’il ne faut pas copier »… Absurde non ? Oui absurde car l’apprentissage se fait par la reproduction du geste sans cesse répété jusqu’à la perfection.

Nos livres d’Art, nos DVD artistiques, nos Musées sont pleins de chef d’œuvres et regorgent de trésors qui sont tout autant de grandes leçons de la part des mains les plus habiles et les plus sûres, celles des Grands Maîtres de la Peintures. Si je vivais au temps de la Renaissance Italienne quelles seraient mes chances de devenir l’élève d’un Michel Ange, d’un Raphaël ou d’un Léonard de Vinci ? Proches de zéro. D’abord il faudrait que de l’endroit où je vivrais j’entende parler de ces trois Maîtres… A la Renaissance pas de TV, pas d’internet, quelques très rares ouvrages mais il est plus que probable qu’à cette époque je ne sache pas lirequi plus est ils étaient théologiques le plus souvent et non dédiés à l’Art… En admettant donc que j’eusse connaissance de tels artistes, il me faudrait trouver leur lieux de vie et m’y rendre dans l’espoir d’être admis comme un de leurs élèves… et là c’est encore plus improbable que je sois accepté au nombre de leurs disciples. Maintenant, encore une fois raisonnons par l’absurde en admettant que – par je ne sais trop quel miracle – je fus admis au sein de ce cénacle très fermé, j’aurais dû patienter encore de nombreuses années à vaquer à des tâches subalternes avant que de pouvoir réellement prétendre à recevoir l’enseignement de tels Maîtres.

Aujourd’hui avec un ticket de train je me rends à Paris et sur présentation de ma carte de la Maison des Artistes j’accède au saint des saints (où aux sains dessins aussi…) en visitant Le Louvre ou le Musée d’Orsay pour ne citer que ces deux lieux paradisiaques. Comprends-tu à présent la chance que tu as, celle que j’ai, celles que nous avons de vivre en notre époque de communication ? Et si tu résides en un pays lointain, tu as probablement en sa capitale un musée mais aussi une connexion internet qui te permettra de visiter virtuellement tous les Chefs d’œuvres du Monde d’un simple clic de souris. Lors d’un voyage en Allemagne, à Nürnberg (Nuremberg) je me suis rendu en pèlerinage sur la tombe du Maitre Albrecht Dürer que je place au firmament des peintres, avec quelques autres de ses pairs. Ce fût un moment de recueillement et d’émotions, mais aussi de surprise de voir la tombe modeste d’un si grand génie.

Je pense que beaucoup ne mesure pas la chance que nous avons d’un si précieux héritage. Nous leurs devons la perspective, le clair-obscur, les tracés directeurs et le nombre d’or aujourd’hui oubliés et méconnus. Et nous qu’allons-nous laisser de notre époque ? Un art officiel décadent et déstructuré, une musique dodécaphonique, des ballets ou la gestuelle désordonnée l’emporte sur la grâce ? Bref un « beau » chaos à l’image de notre époque… Alors comment renouer avec le fil d’Ariane qui n’aurait jamais dû se rompre ? Par l’enseignement des Maîtres anciens, par la copie !

Attention copier n’est pas plagier. Loin de moi l’idée d’encourager tel ou telle à singer un collègue en s’appropriant sa technique et son savoir-faire. Cela je le dénonce, c’est un vol moral condamnable devant les tribunaux. Non, ce que j’enseigne ou je préconise c’est de copier les plus grands – qui font l’Histoire de l’Art (et sont entrés dans le domaine public) – en s’efforçant de comprendre leurs gestes lorsque de la pointe du crayon ou du pinceau ils traçaient une arabesque, un pied, une main ou une chevelure. J’ai fait copier à des élèves le rhinocéros de Dürer, par exemple, pour leur faire comprendre la multiplicité possible de traits, hachures, points, taches, griffures pour remplir et couvrir une simple surface de papier. Pour faire comprendre que le noir n’est pas uniquement obtenu par un aplat d’encre de Chine ou de noir d’ivoire mais aussi par l’enchevêtrement de traits de plus en plus serrés à la façon d’une gravure sur cuivre ou sur bois.

J’ai copié personnellement des dessins de Boucher, de David, de Frans Hals, de Philippe de Champaigne, de Léonard de Vinci – entre autres – pour saisir la façon qu’ils avaient de traduire la lumière et les ombres, la Nature et les hommes. J’ai fait miennes certaines de leurs techniques de hachures, de traits forcés et appuyés ou légers et discontinus. Un trait doit vivre, il doit traduire une sensibilité et une émotion. Le trait parfait n’existe pas et ne doit surtout pas exister car il ne serait plus la vie… La vie est fragile et imparfaite et c’est ce qui en fait la beauté. Nous ne sommes pas des Dieux, nous sommes mortels et c’est cette vulnérabilité qui fait notre grandeur !

Les plus grands effets
sont obtenus par les techniques les plus simples

Alors pourquoi copier ? Qu’enseigne la copie des Anciens Maîtres ? Une multitude de chose à savoir :

  • L’humilité: On ne peut que se sentir petit devant les plus grands. Comment pourrais-je me comparer à Rembrandt ou Poussin sinon pour me considérer comme bien inférieur et comprendre l’obligation de travailler encore et encore pour suivre leur exemple.
  • La patience car le chemin est long avant d’obtenir la maîtrise du geste. Une fois acquis et compris la technique il reste encore à améliorer le geste en le répétant sans cesse. L’habileté est un long processus qui vient de la répétition elle-même soutenue par la volonté. Souviens-toi ces mots « à cœur vaillant rien d’impossible »… Donc pour bien dessiner il faut d’abord le vouloir !
  • La dextérité (ou habileté) vient avec le temps. L’œil observe, le cerveau analyse et comprends tandis que la main restitue. C’est sur ce triumvirat – œil, cerveau et main – que s’appuie le métier de l’Artiste peintre, du dessinateur, ou de l’illustrateur.
  • Les plus grands effets sont obtenus par les techniques les plus simples : Ainsi pour obtenir la lumière dans un dessin, il faut faire le noir ! Comprends-tu que la lumière extrême vient d’un fort contraste? Blanc sur blanc ne fait pas la lumière, de même noir sur noir ne fait pas l’obscurité… C’est de l’opposition des contrastes que jaillissent lumière ou obscurité.
  • Un élément isolé dans un dessin peut être dû à un accident mais la concentration de ce même élément en un même endroit devient un motif de décoration. Ainsi une tache de couleur posée sur une toile reste une simple tache mais sa répétition donne naissance à une vibration colorée. C’est le principe de base du « Pointillisme», qui fit école à la fin du XIXème siècle avec SEURAT, qui décomposait la lumière par la fragmentation ou la juxtaposition de petites touches colorées. Une ligne isolée n’est qu’un simple trait mais plusieurs lignes juxtaposées créent une vibration qui fut l’un des principes actifs du Op’Art (Art cinétique ou Optical Art) dans la seconde moitié du XXème siècle.

Alors penses-tu que la copie soit un mal pour un bien car tous ces génies du passé ont encore tant à nous apprendre ? Ou est-ce que tu crois n’avoir vraiment rien à tirer de tous ces artistes « ringards et poussiéreux » qui encombrent les cimaises de nos vieux Musées ? Moi je les aime ces « vieux poussiéreux », ils sont mes amis, ma famille, mes « grands frères » car il me reste énormément de choses à découvrir d’eux. Es-tu prêt à me suivre dans cette quête inlassable pour le plaisir de l’Art et du Dessin ? Viens-je t’attends, si tu ne l’a pas déjà fait, abonne-toi à ce blog et tu recevras gratuitement les “Bases de la Perspective” et “l’Art du Nu”… Inscris-toi MAINTENANT !


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5 thoughts on “Pourquoi Copier ?

  1. Il y a aussi beaucoup d’oeuvres faites par des grands qui ne sont pas vraiment de copies mais de versions personnalisées… Un exemple qui me vient à la tête est le tableau de l’odalisque… mais il y en a plein.

    1. Bonjour José-Marcio,

      Heureux de te retrouver ici. Tu as tout à fait raison. Picasso a ainsi réinterprété “las Meninas” de Vélasquez et beaucoup d’autres que je n’ai pas immédiatement en tête. Mais j’établis 3 catégories:

      > 1 – La copie qui est pratiquée par les artistes peintres copistes au Louvre (par exemple). Il s’agit d’être le plus fidèle possible à l’oeuvre originale avec comme obligation une variation dimensionnelle (un copiste n’a pas le droite d’adopter exactement la même taille que l’oeuvre qu’il copie).

      > 2 – Le plagiat qui copie non pas l’oeuvre mais le style: On peint à la manière de… C’est ce que font les faussaires qui créent une nouvelle oeuvre non répertoriée dans les catalogues (et pour cause puisque l’oeuvre n’est pas de l’artiste plagié mais du faussaire) tout en imitant le style de l’artiste qu’ils plagient afin de tromper les observateurs sur l’authenticité de l’oeuvre réalisée ainsi. Nouveau sujet mais même palette, même touche, même façon de traiter le sujet, même “école” (impressionniste, pointilliste, cubiste, surréaliste, etc…).

      > 3 – L’inspiration ou l’interprétation à partir d’une œuvre ou d’un artiste. C’est dans cette catégorie que je range les œuvres de Picasso inspirées des maîtres anciens.

      Les œuvres classées en 1ère et 3ème catégorie sont louables car elles n’ont pas pour but de tromper l’observateur alors que le plagiat (2ème catégorie) est un vol manifeste, vol de l’esprit de l’artiste copié. Le plagiat tombe sous le coup de la loi. Les artistes qui copient le style de collègues connus pour essayer de se faire connaître à leur tour sont répréhensibles d’une falsification et peuvent éventuellement faire l’objet de poursuites judiciaires de la part de l’artiste plagié ou de ses ayants droits.

      Merci de ton commentaire et à une prochaine visite mon ami. Amicalement.

    2. Bonjour José-Marcio,

      Heureux de te retrouver ici. Tu as tout à fait raison. Picasso a ainsi réinterprété “las Meninas” de Vélasquez et beaucoup d’autres que je n’ai pas immédiatement en tête. Mais j’établis 3 catégories:

      > 1 – La copie qui est pratiquée par les artistes peintres copistes au Louvre (par exemple). Il s’agit d’être le plus fidèle possible à l’oeuvre originale avec comme obligation une variation dimensionnelle (un copiste n’a pas le droite d’adopter exactement la même taille que l’oeuvre qu’il copie).

      > 2 – Le plagiat qui copie non pas l’oeuvre mais le style: On peint à la manière de… C’est ce que font les faussaires qui créent une nouvelle oeuvre non répertoriée dans les catalogues (et pour cause puisque l’oeuvre n’est pas de l’artiste plagié mais du faussaire) tout en imitant le style de l’artiste qu’ils plagient afin de tromper les observateurs sur l’authenticité de l’oeuvre réalisée ainsi. Nouveau sujet mais même palette, même touche, même façon de traiter le sujet, même “école” (impressionniste, pointilliste, cubiste, surréaliste, etc…).

      > 3 – L’inspiration ou l’interprétation à partir d’une œuvre ou d’un artiste. C’est dans cette catégorie que je range les œuvres de Picasso inspirées des maîtres anciens.
      Les œuvres classées en 1ère et 3ème catégorie sont louables car elles n’ont pas pour but de tromper l’observateur alors que le plagiat (2ème catégorie) est un vol manifeste, vol de l’esprit de l’artiste copié. Le plagiat tombe sous le coup de la loi. Les artistes qui copient le style de collègues connus pour essayer de se faire connaître à leur tour sont répréhensibles d’une falsification et peuvent éventuellement faire l’objet de poursuites judiciaires de la part de l’artiste plagié ou de ses ayants droits.

      Merci de ton commentaire et à une prochaine visite mon ami. Amicalement.

  2. Je viens juste de connaître vote site et je suis enchantée; très bons conseils, dessins que j’aime et ça me donne le goût de persévérer et de m’améliorer. Je préfère les dessins d’animaux, mais je sais qu’il est important de varier son style et de ne pas se limiter à un seul médium; je veux essayer l’aquarelle, crayons de couleurs; pastel, noir et blanc, etc.

    1. Bonjour Nicole et bienvenue dans la “grande famille d’apprenez-a-dessiner.com“.

      Merci pour tous ces gentils compliments. Les animaux sont dans mes sujets préférés mais j’ai choisi de tout aborder afin de répondre à tous les besoins de chacun et puis aussi parce que finalement tous les sujets et tous les médiums ensemble contribuent à réaliser des progrès en dessin et en peinture. Avec l’Art nous embarquons pour la plus belle croisière puisque nous voyageons au travers de paysages lointains, de faunes et de flores exotiques, tout aussi bien que d’objets familiers avec les natures mortes en compagnie d’artistes tels que Daumier, Toulouse Lautrec, Rembrandt, Vermeer, Camille Claudel ou Blanche Odin… Quel prestigieux équipage !

      Welcome on board et en route pour la merveilleuse aventure du dessin, de l’aquarelle et du pastel 😉

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