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« Si tu sais dessiner, tu peux tout faire ! » me disais-je à moi-même au cours de l’un des dialogues intérieurs dont j’ai le secret… Tu sais lorsque tu fais, à la fois, les questions et les réponses à ton “moi intérieur”… Je suis sûr que cela t’est arrivé au moins une fois dans ton existence. Je me trompe ? Et quand bien même je serais seul au monde à le faire – ce qui m’étonnerait fort – cela est sans importance, car je vais te montrer avec quelques exemples que le dessin mène à tout à la condition de saisir les opportunités qui se présentent tout au long de notre existence. Je vais te parler aujourd’hui de quelques métiers autour du dessin.

Lors de mes études d’architecture aux Beaux-Arts de Paris un de mes amis d’atelier s’appelait Yves C…. Il était dans l’année qui me précédait. Si tu n’as jamais fréquenté un atelier, il faut imaginer un grand local commun où se côtoient les élèves de toutes les années. Les « bizuts » – les nouveaux – et ceux qui sont diplômables (c’est-à-dire ceux qui préparent leur diplôme de fin d’études). De cette cohabitation naissent une émulation et un enseignement par l’exemple. Les « petits nouveaux », comme je l’étais alors, assistaient aux séances de corrections des travaux, ce qui est formateur.

Mon atelier « A » à UP4 occupait l’immense Salle Foch dont les fenêtres regardent sur le Quai Malaquais et le Louvre de l’autre côté des berges de la Seine. La salle était si grande que certains y jouaient au tennis en rollers… sans que cela perturbe beaucoup ceux qui travaillaient. J’ai déjà écrit qu’à l’occasion d’une visite à Paris de la « Queen of England » Elisabeth avait passé en revue les fesses rebondies de quelques futurs architectes français fort irrévérencieux (mais facétieux) qui avaient eu l’idée saugrenue d’exposer cette partie charnue de leurs anatomies aux fenêtres… C’était avant mes années d’école je le précise !

Yves était un garçon sportif, pas du style « gros biceps », mais plutôt « longiligne et nerveux », aujourd’hui on dirait qu’il était « fit » (de fitness). Il pratiquait la plongée sous-marine à un excellent niveau, puisqu’il était moniteur de plongée pendant les vacances d’été. Sauf erreur de ma part il avait planché pour son diplôme sur la création d’une caserne de pompiers, mais bien qu’ayant une très bonne mémoire visuelle je serais bien en peine de te dire – après tant d’années – à quoi ressemblait le bâtiment ? Tant et si bien qu’avec son titre d’architecte D.P.L.G (diplômé par le gouvernement) il est rentré chez les pompiers pour commander une caserne.

Voilà qui n’a certainement pas été simple pour lui au départ, car l’école prépare à tout sauf au commandement et à diriger des hommes sur le terrain. Contrairement à l’Allemagne où à la même époque les jeunes étudiants en architecture faisaient des stages pratiques sur les chantiers, nos cours étaient uniquement théoriques, ce qui est la « marque de fabrique » – le made in France – propre aux études supérieures dans notre pays.

Bien qu’aujourd’hui les choses aient un peu évolué à ce sujet, passer du dessin d’architecture et du métier d’architecte à celui de commandant d’une caserne de pompiers n’est pas banale, mais il y a quelque chose d’encore plus surprenant dans ce corps d’élite des sapeurs-pompiers de Paris.

Sais-tu ce qu’est un « croqueur de feu » ? Je ne parle pas de ces artistes africains capables littéralement d’avaler le feu. Lors de ma fréquentation des rosicruciens parisiens j’ai croisé un artiste – Math Samba – qui jouait avec le feu au sens premier du terme. Il ne ressentait pas les brûlures, il avait été « initié » dans une tribu de son pays (le Sénégal) et pouvait mettre une torche enflammée dans sa bouche ou la promener sur sa peau sans se brûler. Il disait pouvoir extraire sa conscience de son corps à ce moment-là et ne pas ressentir de douleur… Vrai ou pas, j’en ai été témoin et je ne saurais pas expliquer comment il faisait. Math est décédé, mais tu peux écouter sa musique sur YouTube.

Non il ne s’agit pas de magie Africaine chez les pompiers « croqueurs de feu ». En fait dans le mot croqueur de feu il faut comprendre celui qui fait des croquis lors des interventions sur les incendies. Un croqueur de feu est d’abord et avant tout un pompier rompu aux interventions sur le terrain. Ensuite il doit avoir une bonne connaissance des matériaux, et de l’architecture.

Au cours d’un stage de dessin de quelques jours (en salle et sur le terrain) il doit développer une habileté à représenter très rapidement, en une dizaine de minutes, un bâtiment en perspective. Il ne s’agit pas de faire de beaux dessins artistiques, mais d’être capable de « crobarder » sur place afin de sortir une perspective du bâtiment en « transparence » pour faire comprendre aux collègues qui vont intervenir sur le bâtiment ou sont les difficultés et dangers potentiels. Avoir un excellent esprit d’analyse et de synthèse plutôt qu’un excellent « coup de crayon » encore que l’un n’empêche pas l’autre est donc souhaitable dans ce cas.

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Pressé par le temps le croqueur de feu doit être rapide, précis, et ne pas s’encombrer de détails comme les balcons, les balustrades, les corniches, etc… Il est impératif en dix minutes d’aller à l’essentiel. Sa mission est de comprendre, et faire comprendre au premier coup d’œil sur son dessin, la structure interne du bâtiment: Ce qui ne se voit pas de l’extérieur et n’apparaît pas sur les photos ou les vidéos prises par un drone. Les croqueurs de feu sont encore peu nombreux aujourd’hui car il s’agit d’une discipline très récente, voila donc un métier appelé à se développer dans l’avenir.

A l’époque de mes études d’archi mon meilleur ami d’atelier s’appelait Jean-François M…… son père travaillait à la SNCF. Son diplôme en poche c’est donc dans cette grande maison qu’il est entré. Nous nous sommes rapidement perdus de vue, mais tout cela pour te montrer que l’architecture ne s’exerce pas uniquement au sein d’un cabinet d’architectes ou d’une agence d’architecture indépendante, mais que cette profession peut aussi s’exercer au sein de grandes entreprises ou de grandes administrations.

La SNCF ne concerne pas que les trains et les voies de chemin de fer, mais aussi l’ingénierie des bâtiments comme les gares de voyageurs, ou les gares de triages et de marchandises, mais aussi les ouvrages d’art comme les ponts ou les tunnels. Elle possède un savoir-faire qui s’exporte au-delà de nos frontières hexagonales.

Son agence d’ingénierie et d’architecture – l’AREP créé en 1997 – compte près de 1000 collaborateurs (architectes, ingénieurs, designers, urbanistes, économistes du BTP et conducteurs de travaux). Elle traite des opérations de bâtiments interurbains et grandes structures destinés à recevoir du public en transit, comme des gares, mais aussi des espaces publics comme des halls d’expositions, des centres commerciaux, des hôtels et des logements, etc… Aurais-tu imaginé avant cet article que le dessin pouvait te faire « voyager en train » pour travailler à la compagnie des chemins de fer français ?

Le Parlement tu connais ? Certes c’est là où se votent les Lois, mais pas seulement… Pendant près de 40 ans maman a travaillé comme secrétaire des architectes de l’Assemblée Nationale. On trouve également des architectes au Sénat, et je suppose qu’il en existe aussi à l’Élysée ou Matignon. Il est facile de comprendre que par leur importance politique et la taille de ces bâtiments ils possèdent des services internes qui s’occupent de la maintenance des lieux: Pour des raisons de sécurité on ne peut confier la réalisation des travaux à n’importe quelles entreprises extérieures.

Il existe ainsi des régies internes avec des ouvriers qualifiés pour l’électricité, le chauffage, la plomberie le tout contrôlé par un bureau d’architectes « maison ». C’est du moins le cas pour l’Assemblée Nationale avec le service des bâtiments dirigé dans ma jeunesse par trois architectes. Aujourd’hui je crois savoir que c’est une femme architecte qui a repris la direction de ce service. Pense aussi à la Bourse, l’Opéra, les grands musées nationaux… Là encore il y a sûrement des bureaux techniques avec des dessinateurs qui font des relevés et tracent des plans pour la maintenance et la restauration de ces édifices prestigieux. Ce sont des pistes à explorer si tu cherches du travail dans le secteur du dessin d’architecture.

Tout au début de cet article, je t’ai parlé de l’artiste Sénégalais Math Samba qui était rosicrucien. Je vais maintenant te parler d’un autre ami Lucien Moutard qui était dessinateur illustrateur et peintre sous le nom d’artiste de Lucien Murtin. Il a travaillé pour illustrer des articles de vulgarisation scientifique et technique dans « Science et Vie » ou dans « Ça m’intéresse », mais il faisait aussi de la BD dans « Pilote » ou « le Journal de Mickey ». Il a aussi participé comme assistant-réalisateur au dessin animé « Les sept travaux d’Astérix ». Passionné d’aviation avec un brevet de pilote, obtenu à 18 ans avant son permis de conduire automobile, il était trésorier bénévole de la RSA (Fédération des amateurs constructeurs d’avion).

En tant que responsable bénévole du bulletin de la Loge rosicrucienne de Villeneuve-Saint-Georges, j’étais en contact avec lui pour les dessins que nous réalisions sur des calques qui étaient reproduits ensuite sur des stencils pour l’impression sur une petite rotative. Pour être illustrateur, il faut savoir très bien dessiner, mais aussi disposer d’une solide documentation ce qui aujourd’hui avec l’outil informatique et l’internet ne pose plus aucun problème, mais imagine-toi qu’il y a 40 ans de cela il fallait disposer de centaines, voire de milliers, d’images soigneusement rangées et répertoriées dans des boîtes en carton.

Si tu veux savoir à quoi ressemblent les illustrations de Lucien, je te donne un lien qui te permettra d’acheter, pour un tout petit prix, « le prisonnier du château fort » paru aux éditions Hachette Jeunesse et réédité en version numérique pour liseuse Kindle (appli Amazon Kindle téléchargeable sur ton téléphone Androïd).

Voilà comment en partant d’un crayon et d’une simple feuille de papier tu peux te retrouver à travailler chez les pompiers, au Sénat ou à l’Assemblée Nationale, au cinéma sur les “sept travaux d’Astérix” ou même sur les décors de Disneyland Paris car là encore il faut des gens qui sachent tenir un crayon ou un pinceau.

Ne t’ai-je pas dit au début de cet article « que si tu sais dessiner, tu peux tout faire » ? Ces quelques exemples en sont la preuve. Parcours les pages de mon blog, taille ton crayon, prends ton bloc à dessiner et lance-toi. Enfin comme dit le vieil adage « cherche et tu trouveras » encore faut-il savoir où chercher, tu as ici quelques pistes que tu peux suivre… ou pas, c’est toi à toi de voir.

Si ce que tu as lu t’a intéressé, je t’invite à le partager autour de toi. Merci et à très vite pour de nouvelles astuces et de nouvelles anecdotes. Une prochaine fois nous découvrirons ensemble d’autres métiers autour du dessin.

ADDENDUM: Quelques jours après la publication de cet article deux jeunes “soldats du feu” (pompiers de Paris) ont trouvé la mort au cours d’une intervention. Ils laissent derrière eux des familles éplorées. Hommage soit rendu à leur sacrifice et à leurs proches frappés par le deuil cruel qui les touchent. Honneur et Respect ! Merci à ces héros silencieux…


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