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Je me suis souvent posé cette question simple: Pourquoi cet élève ne voit il pas les choses comme je les vois ? Il n’est en effet pas rare de constater des erreurs de dessin dues à la perception visuelle de chacun. Je ne parle pas ici de problème de lunettes. Imaginons un instant que nous sommes sur une place, entrain d’observer le paysage urbain qui nous entoure. Que voyons nous ? Des bâtiments, des rues qui convergent vers cette place, des piétons, du mobilier urbain (abri bus, banc public, panneau publicitaire), des voitures, des arbres et autre végétation (bac à fleurs, parterre, etc..). Bref rien que de banal. Si je fais dessiner cette scène c’est là qu’apparaissent les problèmes avec la perspective. J’ai beau répéter que la ligne d’horizon se place au niveau du regard de l’observateur et que le (ou les) point(s) de fuite se situe(nt) sur cette ligne, hé bien il y aura quand même des erreurs, dont la plus commune est l’inversion du sens des obliques. Oui l’élève a bien vu que la ligne de faîtage de la maison, ou les poteaux électriques suivaient une pente mais cette oblique sera dessinée à l’envers… Pourquoi ? Parce que nous ne voyons pas tous la même chose.

Notre cerveau avec ses 200 milliards de connections neuronales est une vaste usine chimique et électrique très complexe. Nos yeux voient mais c’est notre cerveau qui “conceptualise l’image à sa façon” et nous la restitue. Depuis notre plus tendre enfance nos yeux ont perçu des millions, des milliards d’images qui sont codées et stockées dans nos bases de données personnelles. Je sais que je vais faire hurler certains qui diront que tout ceci n’est pas scientifique. Et pourtant… A l’université Californienne de Berkeley, une équipe de chercheurs sous la conduite du professeur Shinji Nishimoto mène des recherches approfondies sur le sujet de la mémoire visuelle et la restitution des images “imprimées” dans notre cerveau.

L’expérience est la suivante: Après avoir visionné plusieurs heures de films, le cerveau de ces “cobayes” a été étudié par IRM ‘'(Image à Résonance Magnétique) et le résultat traité par un algorithme a reconstitué une série d’images sur ordinateur. En comparant le film original a son “souvenir” on est surpris de voir plus que des similitudes. Vous pouvez voir les images témoins en suivant ce lien  https://youtu.be/nsjDnYxJ0bo

Nous n’en sommes qu’aux balbutiements de cette technique de restitution des images mémorielles et bien évidemment les images reconstituées à partir de l’activité cérébrale des “cobayes” sont encore très imprécises mais elles ont le mérite d’exister. Qu’est ce que cela prouve ? Cela tendrait à prouver qu’il existe bien une mémoire visuelle sorte d’immense banque de données dans laquelle notre cerveau va puiser des informations pour conceptualiser et restituer une image du monde qui nous entoure.

Lorsque je regarde une couleur sur ma palette je peux la définir en disant que c’est un “rouge vermillon” ou un “vert émeraude” et mon voisin sera d’accord sur cette définition (sauf s’il est Daltonien)… Maintenant qui peut affirmer avec une certitude absolue que nous parlons tous deux de la MÊME couleur ? Personne… Ce que lui ou moi percevons est un rayonnement, une longueur d’onde, que nous appelons couleur. Nos capteurs sensoriels la reconnaissent et notre vocabulaire en a défini le nom. C’est un bleu, un rouge, un vert. Nous sommes toujours d’accord sur cette définition MAIS rien ne permet d’affirmer que la perception sensorielle de cette longueur d’onde que l’on désignera du nom de la couleur soit en tous points identiques pour les deux observateurs…

La vision des couleurs et des formes dépend aussi de notre culture, de notre savoir, de nos croyances et pas uniquement de l’observation. Imaginons un indigène n’ayant jamais vu un cube de sa vie. Son univers n’est formé que de figures à base de cercles, de sphères, d’ellipses. Il ne connait pas la droite, l’angle droit, ou le carré qu’il n’a jamais vu et dont personne ne lui a jamais parlé. Comment pourrait-il décrire un cube ou simplement un carré ? Le verrait-il ? Bien sûr ses capteurs sensoriels lui révéleraient la présence de l’objet mais son cerveau serait alors dans l’incapacité de l’interpréter et d’en restituer une image… Pour bien voir les choses et le monde qui nous entoure il nous faut lire, apprendre, et élargir notre niveau de connaissance sinon notre univers restera limité et limitant. La lecture de livre d’Art, la fréquentation des expositions et des musées concourent à faire que nous soyons de meilleurs dessinateurs et de meilleurs artistes en développant la capacité de nos récepteurs sensoriels (la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher, le gout) pour être plus et voir mieux.

Cela vous semble absurde ? Moi pas ! Par expérience je sais que chacun voit le monde au travers de son prisme déformant personnel symboliquement mais aussi physiologiquement parlant… Faîtes dessiner un arbre et chacun ira puiser dans sa collection d’images personnelles pour dessiner SON arbre. J’ai déjà eu l’occasion de parler du “cerveau droit” et du “cerveau gauche”. J’en remets une couche (et non pas “Jissé en tient une couche”).

Lorsque vous avez l’impression de ne plus faire de progrès en dessin, changez votre regard. Vous dessinez d’après photo ? Dessinez la photo tête en bas ou simplement tournez la d’un quart de tour. C’est suffisant pour voir les choses d’un œil différent; Si vous dessinez d’après nature, ayez un miroir dans votre besace et dessinez l’image qui se reflète dans le miroir ou dessinez allongez sur le ventre dans l’herbe, ou debout si à l’ordinaire vous dessinez assis. Il s’agit de rompre avec ses habitudes et donc de rompre avec ses certitudes. Après tout qu’est-ce que cela risque d’essayer ?

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4 thoughts on “Pourquoi ne voyons-nous pas tous la même chose ?

  1. J’ai mis 40 ans à intégrer que les autres ne voyaient pas la vie comme moi! Très bon article qui dépasse l’art!

    1. Bonjour Coralie,

      L’article date d’aujourd’hui mais cette “vision” personnelle date de mes jeunes années… C’est vrai que l’on peut décliner cela à d’autres approches que le domaine artistique… Ce n’est pas parce que je ne vois pas quelque chose que ce quelque chose n’existe pas… Mondes parallèles pour les adeptes de la science fiction… Dieu pour les croyants… Théorie des trous noirs que par essence on ne peut pas voir puisqu’ils piègent la lumière… and so on…

  2. Je ne comprends pas comment un indigène qui n aurait jamais vu de carré ou de cube ne le verrait il pas i? Bien sûr ses capteurs sensoriels lui révéleraient la présence de l’objet mais son cerveau serait alors dans l’incapacité de l’interpréter et d’en restituer une image… pourquoi son cerveau serait incapable de voir la réalité de l interpréter et surtout d en restituer une image? Même si il n a jamais vu de cube ou carré il le voit bien.
    En ce qui concerne l inversion du sens des obliques ne serait ce pas plutôt du à un défaut d apprentissage dans la structure d un dessin ?
    Cordialement

    1. Bonjour,

      Merci de vous intéresser à ce blog et merci pour votre question. Nos outils sensoriels – nos capteurs que sont nos yeux, nos mains pour le toucher ou notre langue et notre nez (pour le goût et l’odorat) renvoient vers le cerveau des myriades d’informations. Et le cerveau les décortique et les analyse en fonction de ce qu’il connait déjà.

      Lorsque nous regardons VOUS et MOI un même paysage nous pouvons convenir ensemble que le ciel est bleu et l’herbe verte OUI MAIS comment puis je savoir si ce que vous me dite être bleu est le même bleu que celui que je perçois ? Rien ne me permets de le savoir. Un daltonien ne perçois pas certaines couleurs qui pourtant dans ce que nous appelons la réalité existent mais son tcerveau ne peut les différencier.

      En fait ce que nous voyons n’est pas exactement la réalité mais ce que notre cerveau nous dit de la réalité. Un objet de couleur rouge émet une vibration et ce que nous définissons comme la couleur rouge est une longueur d’onde. L’objet absorbe toutes les vibrations colorées sauf la vibration qui correspond à la couleur ROUGE qu’il “rejette” de sorte que nous percevons cette vibration. RESTONS SUR L’IDEE DE VIBRATION à laquelle j’attribue un chiffre puisque c’est une LONGUEUR d’ondes = 12345… Deux individus perçoivent la vibration 12345 mais ne la voient pas de la même couleur. Le premier la voit ROUGE et le second la voit BLEUE (comme le Daltonien il a un dysfonctionnement chromatique) MAIS COMME ON DIT DEPUIS LA PLUS PETITE ENFANCE QUE 12345 = ROUGE tous les deux vont dire qu’il s’agit de la couleur ROUGE… A chaque fois que celui qui voit BLEU rencontrera un objet vibrant sur la longueur d’onde 12345 il dira ce que l’on lui a appris c’est ROUGE tandis que son cerveau voit du BLEU dont il ignore que c’est du BLEU puisque son cerveau associe 12345 au ROUGE.

      Cela peut paraître compliqué à comprendre alors que cela reste simple en fait… Tout est RELATIF… Et a aucun moment je ne peux savoir si mon ROUGE ou mon BLEU sont les mêmes que votre ROUGE et votre BLEU.

      Ma sœur dans son adolescence un jour s’est transpercé le pied avec une aiguille à coudre en marchand dessus (l’aiguille était tombée droite entre deux lames de parquet)… Pour la protéger son cerveau a bloqué l’image… Elle ne voyait pas l’aiguille d’acier dans son pied ET DONC NE RESSENTAIS AUCUNE DOULEUR… Elle m’a demandé “qu’est ce que me gêne peux tu regarder” ? J’ai paniqué et lui ai dis “Mon Dieu tu as une aiguille qui te transperce le pied”… Et à ce moment là son cerveau à fait la connexion et elle a eu mal !!! Tant que son cerveau n’a pas “percuté” elle ignorait de quoi il s’agissait et donc n’associait pas la douleur au pied transpercé.

      Nous connaissons encore mal la puissance de notre cerveau. Un autre exemple. Mon frère un jour a pris le métro avec moi et il a eut l’ongle du pouce de la main droite coincé par le clapet métallique qui se rabattait pour fermer la porte (Il y a une cinquantaine d’années de cela donc c’était les anciens métros). SOUS LA DOULEUR IL EST DEVENU AVEUGLE… Là encore la vision et la douleur ont été associé par le cerveau… J’ai du le guider en lui prenant le bras et quand la douleur s’est estompée au bout de plusieurs minutes, il a retrouvé la vue.

      Ce sont deux expériences humaines qui m’ont marquées puisque cela est arrivé à ma sœur et mon frère plus jeunes et cela m’a fait comprendre que notre cerveau ne nous envoie que les informations que nous sommes capables de comprendre et d’analyser et pas nécessairement ce qu’est “la réalité”.

      Dans le cas des obliques de la perspective certains de mes élèves percevaient les obliques mais le cerveau les analysait à l’envers de ce qu’elles étaient. de sorte qu’ils étaient incapables de comprendre pourquoi c’était faux jusqu’à ce que j’explique et montre sur leur dessin.

      Bien amicalement.
      Jissé

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