Août 2010 je suis en Belgique pour accompagner Maryse De May sur un stage d’aquarelle. Nous visitons les environs et c’est pour moi l’occasion de faire quelques photographies du cloître de la Collégiale Sainte Gertrude de Nivelles. Si tu passes par là je te conseille de jeter un œil attentif sur cette superbe bâtisse dont l’origine remonte au XIème siècle. Toutefois le clocher octogonale est un « pastiche Roman » récent qui date de 1970 en remplacement de la flèche Gothique détruite par les bombardements Allemands en 1940. Je sais que la réinterprétation du passé est sujette à caution et souvent critiquée mais ici les architectes ont fait un beau travail qui ne dénature pas ce bel ensemble architectural. Au contraire personnellement je le préfère à l’ancienne flèche car il est plus en proportion et s’intègre avec intelligence et élégance : Celle de faire croire que ce clocher existe depuis l’origine.

Autres choses à voir dans ce coin de Belgique c’est la ville d’Anvers (Antwerpen), cité du Maître Rubens dont nous avons visité la demeure et l’atelier (XVIIème siècle) ainsi que la Cathédrale où sont exposées certaines de ses œuvres les plus fameuses. Je pense écrire prochainement sur la vie de Peter Paul Rubens car il est l’une de ces grandes figures de la peinture que j’aime et admire.

Triptyque de la descente de Croix de Peter Paul Rubens – Cathédrale d’Anvers – © JisséBro 2010

En 2010 la rivalité opposant certains Flamands et Wallons était perceptible pendant notre voyage… Dommage mais malgré cela je garde, du peu que j’ai vu de la Belgique, un souvenir bien sympathique ainsi que de l’amour pour ce pays si proche et son architecture ancienne.

Le dernier article sur la perspective d’une église m’a donné aussi envie de parler de la façon d’aborder le dessin libre de cette collégiale. Tout d’abord je veux te montrer le sujet traité depuis l’une des photographies dont je parlais au début de mon texte.

Voici une vue depuis le cloître qui regarde vers le clocher octogonal. Le contrejour offre un contraste intéressant qui met l’accent sur la richesse du bâtiment et l’apparente « pauvreté » du style Roman. Contrairement au foisonnement du Gothique flamboyant, le Roman peu paraître austère et c’est là ce qui fait toute la beauté de cette force tranquille et de cette majesté simple et dépouillée.

 

La méthode est simple :

  • D’abord trace sur la photo les diagonales, et les deux axes médians (vertical et horizontal). Si tu veux agrandir ton dessin par rapport à la photographie je te conseille de te reporter à mon article qui t’explique comment agrandir un dessin sans outil préalable. Donc que tu fasses ton dessin à l’échelle de la photo ou que tu l’agrandisses la procédure est identique. Ensuite reporte ce même “quadrillage” sur ta feuille de dessin.

La « toile d’araignée » ainsi réalisée va permettre de positionner le clocher en commençant par tracer les espaces négatifs (repérés en jaune sur l’image).

Le dessin se construit à l’envers de la logique de construction du bâtiment. Lorsque l’on construit, on commence par les fondations et on monte au fur et à mesure chaque étage jusqu’au toit.

Ici je te conseille de commencer par le haut de ta feuille et descendre au fur et à mesure. Pourquoi ? Parce qu’en agissant ainsi tu fais apparaître progressivement ton dessin, tu le révèles tandis que si tu commences par le bas au fur et à mesure que tu montes vers le haut de la feuille tu masques ton dessin avec ta main. Tu dois donc protéger ton dessin avec une feuille de papier vierge ou une feuille de calque pour que la main qui dessine ne frotte pas sur le dessin au risque de le salir !

Une autre astuce consiste à dessiner aussi les ombres car elles aident à comprendre comment s’articulent les volumes. Lorsque l’on dessine un bâtiment il faut absolument tirer parti de tout élément architectural pour déterminer la taille des différents volumes. C’est ainsi que les percements rythment les façades en aidant à trouver les justes proportions pour chacune des faces des bâtiments conventuels.

Le tracé des ombres apporte de la lumière au dessin. En effet lorsque tu l’observes ton cerveau fait le rapprochement entre les ombres (propres et projetées) et une source de lumière, ici bien évidemment le soleil. Une ombre propre est plus claire qu’une ombre projetée. On appelle ombre propre la face dans l’ombre d’un volume. Le volume se fait lui même de l’ombre. Tandis que l’ombre projetée est le dessin fait par ce volume sur le sol ou sur un autre volume. Si je marche dans la rue avec le soleil qui éclaire mon dos, devant moi je vais voir mon ombre projetée sur le sol alors que mon visage, ma poitrine et la face avant de mes jambes n’étant pas éclairés directement (puisque j’ai le soleil dans le dos) seront dans leur ombre propre. Mon ombre au sol sera plus foncée que l’ombre de ma face avant.

Ceci permet ainsi d’établir une échelle de valeurs qui va du blanc du papier pour les faces éclairées par le soleil. aux valeurs les plus sombres (les percements des arcades du cloître ou les ombres projetées sur les baies vitrées) en passant par les valeurs intermédiaires des ombres propres (valeur claire) et des ombres projetées (valeur foncée).

Enfin je suis venu placer une valeur foncée hachurée pour silhouetter la découpe du chapiteau (sur le haut des colonnes des arcades). En créant ainsi un fort contraste sur le ciel je fais reculer les bâtiments de la collégiale. Il est inutile de noircir tout le tour car cela alourdirait inutilement le dessin. On comprend aisément que la silhouette des arcades et la collégiale sont sur des plans différents (avant plan et arrière plan) sans qu’il soit nécessaire d’en dire davantage.

Le dessin achevé, calque-le pour le reporter au propre sur un bloc de papier d’aquarelle ou une feuille de Canson mi-teinte (pastel). Il se prête également très bien à un encrage à l’encre de Chine au Rotring ou avec des feutres fins de type Micron ou Faber & Castel (voir à cet effet https://apprenez-a-dessiner.com/croquis-urbain-depuis-ton-salon/).

J’ouvre une parenthèse avec quelques petits mot sur le papier calque. Le moins cher est le rouleau de calque d’études mais l’inconvénient vient du fait que son grammage étant faible cela le rend fragile; il se déchire facilement. A l’opposé le calque polyester est presque indéchirable et infroissable mais coûte cher et ne me semble pas adapté pour cet usage. Un bon compromis est d’acheter un bloc de papier calque format A3 qui correspond sensiblement à une surface de 30 x 42 cm. (bloc croquis échelle Canson 90 gr.) La feuille se présente à plat. Pour celui qui ferait du dessin technique, on ne gomme pas un trait d’encre sur du calque mais on le « gratte » avec une lame de rasoir posée à plat, le tranchant de la lame en contact avec la feuille de calque. Toutefois tu dois faire très attention lorsque tu le manipule car cet outil présente un vrai danger.

Une petite astuce pour manipuler la lame de rasoir sans te couper c’est de coiffer le tranchant supérieur (celui qui n’est pas en contact avec le calque) d’un « chapeau » que tu réaliseras en pliant un petit bout de papier aquarelle de 600 gr. – ou deux épaisseurs de 300 gr. – que tu placeras « à cheval » sur la lame. Pince ce chapeau pour tenir la lame fermement entre le pouce et l’index. Pose cet outil – en contact avec le calque – sur toute la longueur de la lame non protégée et fait un petit mouvement de va et vient – sans appuyer – perpendiculairement au sens de la lame. Le frottement de la lame de rasoir va user la surface du calque en érodant le dessin à l’encre. N’utilise pas le coin de la lame qui abîmerait le calque. Voilà maintenant tu sais comment effacer un dessin à l’encre sur une feuille de calque. Fin de la parenthèse.

 

Si tu aimes cet article et le trouve utile, n’oublie pas de le partager autour de toi. Merci et à très vite pour une nouvelle astuce de dessin.

 

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