architect design photo

Cela te dirait de “crobarder comme un archi” ? En Français correcte “dessiner comme un architecte” ? Si tu me lis régulièrement tu sais déjà que j’ai un diplôme d’architecte D.P.L.G. (diplômé par le gouvernement). Cette dénomination “flatteuse” ne signifie pas que j’ai été nommé par le gouvernement comme un Ministre ou un Secrétaire d’Etat, non cela veut tout simplement dire que j’ai suivi le cursus scolaire de l’ENSBA (Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts) de Paris qui est une école “publique” contrairement à l’école spéciale d’Architecture du Boulevard Raspail qui est une école privée “inventée par Viollet-Le-Duc“. Après Mai 68 l’Ecole des Beaux-Arts éclate en une multitude d’Unités Pédagogiques (14) qui sont autant de “satellites” mis en orbite autour de la capitale (Versailles, Charenton le Pont, La Défense, La Villette, Marne la Vallée, Nanterre entre autres) et en province (Rouen, Rennes, Toulouse, Strasbourg, Lyon, Marseille, Bordeaux, Grenoble, Lille, Clermont-Ferrand, etc...).

  • Mon UP était l’Unité Pédagogique n°4 avec les ateliers LEMARESQUIER (élève à l’ESTB avant mon entrée aux Beaux-Arts j’avais effectué mon stage de fin d’année dans l’agence de Noël (et Nicolas) LEMARESQUIER, beau-frère de Michel DEBRÉ ancien premier ministre du Général DE GAULLE), BRASILIER, ZAVARONI, l’Atelier A (mon atelier), MAROT et j’en oublie certainement… J’étais rentré dans l’Atelier A parce que j’y avais des ami(e)s de l’ESTB qui y était entré l’année précédente donc je me sentais moins “perdu” et puis il n’y avait pas de bizutage comme chez les “Zavas” ou les “Brasiliers” où filles et garçons se retrouvaient à poil pour leur premier jour d’intégration à l’Atelier avec des épreuves du style “un garçon est peint en jaune, la fille en bleu, on les enferme dans une armoire et ils doivent ressortir en vert” car le jaune et le bleu mélangés ensemble donnent du vert… Sans doute était-ce là une légende urbaine mais je n’avais aucune envie de vérifier si c’était vrai ou pas… à fuir car si cela en amuse quelques uns, cela en traumatise beaucoup d’autres !


J’aimais d’amour cette école des Beaux-Arts et je l’aime encore et je fus malheureux du déménagement à Charenton-Le-Pont déjà nettement moins pratique d’accès pour moi qui prenait le train SNCF de la ligne C pour descendre à Orsay ou Saint Michel et longeais les quais de la Seine jusqu’à l’école placée à mi-chemin entre ces deux stations de train. J’ai ainsi connu la Gare d’Orsay avant, pendant et après sa transformation en Musée. Et puis dans cette école cohabitaient les Arts majeurs que sont la peinture, la gravure, la sculpture et l’architecture. Je croisais parfois dans les couloirs un petit barbu “jovial et rondouillard” du nom de César… C’était cela les Beaux-Arts et c’est une stupidité sans nom que d’avoir séparé les artistes en les éloignant les uns des autres.

L’architecture se nourrit de la sculpture pour les volumes, de la peinture pour la couleur et de la gravure pour la lumière… et réciproquement. “Couper, séparer, segmenter” c’est l’idée des politiques qui craignaient que l’agitation de Mai 68 ne vienne à renaître de ce “bouillon de culture” alors nos hommes politiques “avisés” ont fait leur ce vieil adage “diviser pour régner” et six mois après les barricades André MALRAUX Ministre de la Culture promulgue par décret l’éclatement des Beaux-Arts en éloignant les architectes ! Diviser c’est amputer…

Nos chefs d’ateliers, nos “patrons” sont tombés dans le piège de l’égo… MAROT a créé l’UP9 – son UP – en scissionnant d’avec UP4… Tous ces architectes en charge d’un atelier ont vu l’opportunité de transmettre leur savoir mais aussi de partager leurs convictions et leurs croyances qu’ils allaient faire un monde nouveau en construisant les villes nouvelles… L’utopie a été de croire qu’en tournant le dos au vieux Monde nous allions faire un Monde meilleur. Un arbre privé de ses racines meurt !

J’ai vécu cette effervescence de la naissance d’une école. Tout nouveau tout beau chacun y projette ses rêves et les “archis” rêvent toujours d’un Monde meilleur à construire. Mais ce faisant, en quittant le giron de la vieille Dame du quai Malaquais et de la rue Bonaparte, les architectes se sont privés du contact avec les peintres, les graveurs et les sculpteurs, ce qui peut expliquer la grande indigence de l’architecture des très nombreux grands ensembles urbains ! Cet appauvrissement intellectuel de “nos élites” a donné une architecture triste qui – associée au chômage – a généré le “mal être” des banlieues !

Encre de Chine sur calque – Ecole des Beaux-Arts de Paris – arcades de la Cour Bonaparte.

Jissé tu n’es pas le mieux placé pour critiquer puisque tu as renoncé à exercer le métier de tes rêves en cessant de rêver”… Pendant quelques années, je rêvais la nuit à des architectures fantastiques, mais peu à peu les difficultés du métier ont pris le pas sur les rêves, et le charme a cessé d’opérer ! Mes ailes se sont brisées avec la mort de mon père qui était ma figure tutélaire et mon modèle. Parti trop tôt alors que nous avions encore tant à partager et échanger. Il n’était pas architecte, ni dessinateur, mais chef des huissiers à l’Assemblée Nationale et c’est lui qui m’a transmis l’amour du dessin et des livres, et ma mère (qui n’était pas architecte mais secrétaire des architectes de l’Assemblée Nationale) m’a transmis l’amour de l’architecture. Et l’amour des livres (et du dessin) continue avec la jeune génération au travers de ma nièce Sophie qui a fait ses études à l’Ecole Estienne (École Supérieure des Arts et des Industries Graphiques ou ESAIG).

LE DESSIN D’ARCHITECTE:

Après cette longue digression ou ce long préambule (c’est selon...) “revenons en à nos moutons” ou plus précisément à l’illustration qui chapeaute cet article. Cette image n’est pas de moi mais trouvée sur le site d’images gratuites Pixabay. Je suis donc parfaitement à l’aise pour critiquer ou complimenter son auteur (inconnu). Un mot des outils d’abord. Les markers sont de bons outils pour une esquisse. Attention toutefois à l’effet “papier buvard” qui peut générer des taches sur ton dessin. Préfère un papier “Bristol” (reporte toi à mon article https://apprenez-a-dessiner.com/blocs-de-dessin-a3/) sur lequel les markers vont glisser plutôt qu’un papier avec du grain qui va “accrocher”. Bien évidemment tu peux aussi utiliser – comme le font les archis – le bon vieux calque d’étude. Pourquoi choisir le calque pour tes croquis ? L’avantage c’est, lorsque ton premier croquis te semble bon mais que tu veux modifier une petite partie, qu’il suffit de poser un nouveau calque par dessus le précédent et de ne retravailler que la partie que tu veux modifier.

Observe maintenant la petite séquence de minis croquis en haut du dessin, ils synthétisent le processus de création de son auteur. Le premier croquis à gauche montre l’idée première de l’architecte qui est de ponctuer son architecture horizontale (le bâtiment en premier plan rythmé par des piliers ou des arcades en rez-de-chaussée) par un second bâtiment vertical. Un peu comme le clocher d’une église ou le point d’exclamation dans une phrase. Puis très vite a dû s’imposer à lui l’idée d’un second bâtiment venant s’accrocher en symétrie autour de ce point haut. Le “beffroi” devient alors un élément d’articulation, de transition et de circulation verticale.

Ensuite l’architecte a poussé un peu plus loin sa réflexion et pensé aux matériaux. La structure des bâtiments horizontaux étant très “minérale” (béton, pierres pelliculaires, panneaux de bois ou d’acier) donc opaque par nature, il a voulu introduire une rupture dans la forme mais aussi dans le fond. Puisque les bâtiments horizontaux sont fermés et opaques, le bâtiment vertical sera lui ouvert et laissera passer la lumière avec une structure largement vitrée. Ce bâtiment vertical pourrait ainsi très bien abriter les escaliers et les ascenseurs, avec les bureaux et l’administration tandis que les bâtiments horizontaux abriteraient la logistique (fabrication dans l’un et stockage et expédition dans l’autre). Et puisque son système semble fonctionner de façon autonome il a pu envisager alors de continuer le développement de ses bâtiments sur le même principe. Enfin pour concrétiser son idée sur les matériaux et la transparence il a réfléchi à l’aspect de son bâtiment de verre avec quelques esquisses à plus grande échelle.

Les designers, architectes, ou décorateurs réfléchissent beaucoup en utilisant le dessin comme support à leurs idées. Cela peut commencer par un très petit croquis griffonné sur une nappe en papier au cours d’un repas avec le client pour donner vie à l’idée qui vient de naître dans leur esprit pendant la discussion. “Un petit dessin en dit plus que mille mots” dit-on. La raison pourrait être que la mémoire auditive et la mémoire visuelle stimulent des zones différentes de notre cerveau et que les informations visuelles imprégneraient des couches plus profondes de la mémoire pour mieux s’enraciner en notre cerveau. Il ne s’agit là que de mon interprétation personnelle qui n’a pas valeur scientifique. Le sujet de la création architecturale et du dessin d’architecture étant un sujet qui me passionne et me touche de près j’y reviendrai dans d’autres articles futurs. En attendant, je te souhaite une excellente journée, à faire ce qui te plait, en la compagnie des personnes que tu aimes. A très vite.


Si cet article te plait, Merci de le partager autour de toi…

 

3 thoughts on “Dessiner comme un architecte

  1. Félicitation, surtout pour cette profonde croyance pour les racines “parcourir l’histoire avec cet amour ne peut être qu’une autre forme de l’art”, j’aurai aimé un léger clin d’œil sur la poésie ; s’agit-il d’une complexité ou une expression ou…???Cordialement Mohamed

    1. Bonjour mon ami,

      Mon blog est le partage de mes expériences personnelles ou professionnelles, de ce point de vue ma culture est forcément limitée. Pour être franc le clin d’œil à la poésie ne m’a pas traversé l’esprit au moment de la rédaction de mon article tout simplement parce que je connais très mal la poésie et les poètes.

      Au XVIIIème siècle un “honnête homme” se devait de connaître la littérature, l’histoire, la géographie (limitée aux connaissances de son époque) et les sciences, tout en étant philosophe. C’était le “siècle des lumières”, celles de l’esprit avec les encyclopédistes Diderot, d’Alembert et les écrivains comme Voltaire ou Montesquieu. Cet universalisme de l’esprit nous l’avons peu à peu perdu avec un monde de plus en plus technologique et spécialisé.

      Le Monde ne peut avancer et progresser qu’en s’appuyant sur son Histoire passée. Nous apprenons sur nous même de nos propres erreurs. Vouloir effacer, oublier nos erreurs c’est nous condamner à les recommencer…

      L’erreur commise par les architectes et urbanistes de notre siècle a été de construire une architecture déconnectée de ses racines. Autrefois les bâtisseurs construisaient avec les matériaux qu’ils tiraient sur place du sous sol. C’était le bois des charpentes tiré des forêts voisines, la meulière extraite du sol ou la brique fabriquée avec la terre argileuse. C’était encore le chaume pour les toitures, ou le schiste pour les ardoises ou le dallage. Enfin c’était la pierre calcaire pour les cathédrales…

      Puis avec l’industrialisation nous avons fabriqué le béton et les constructions ont poussées comme des champignons du Nord au Sud de l’Est à l’Ouest toutes sur le même moule. Et de cette uniformité de l’Architecture – avec des tours que l’on trouve aussi bien à Dubaï, New-York, Paris la Défense, ou Shangaï – est né la monotonie et l’ennui aggravée par le chômage des masses. Triste constat…

      Bien évidemment cette vision “pessimiste” peut être compensée par une vision “optimiste” qui est que nous avons augmenté aussi le confort des habitats avec les sanitaires et salles de bains permettant une meilleure hygiène, avec l’isolation thermique et phonique permettant un meilleur confort de vie, avec les connections des réseaux permettant de communiquer sur toute la planète comme nous le faisons actuellement au delà des frontières géographiques…

      Mais si les frontières géographiques sont dépassées depuis longtemps avec les voyages, ils restent encore les frontières culturelles (linguistiques pour beaucoup, religieuses encore trop souvent, culturelles et sociales avec une nette domination de l’homme sur la femme…). Bref ces barrières idéologiques ne pourront s’effacer qu’en assumant pleinement qui nous sommes et en acceptant de comprendre notre passé et d’apprendre des erreurs des générations qui nous ont précédées mais ceci est une autre Histoire qui nous éloigne du DESSIN et des raisons de ce blog.

      Bien Cordialement.
      Jean-Claude

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