La Seine a débordée inondant rues et jardins dans la commune de Villeneuve–le–Roi. Par la fenêtre de la cuisine du pavillon familial, je peux voir le boulanger faire sa tournée en barque ! La cave est noyée sous deux mètres d’eau et la chaudière a rendue l’âme… Février 1954 il fait froid, terriblement froid et je suis encore tout gamin. Un petit poêle dispense sa faible chaleur dans une forte odeur de pétrole lampant.

Je me hisse sur la pointe des pieds pour écouter Radio Luxembourg avec les aventures de Zappy Max qui lutte contre son éternel ennemi, le redoutable Kurt von Straffenberg, dit « le Tonneau » à cause de son embonpoint. Soudain une voix retentie dans le grésillement du poste de radio à lampes « Mes amis au secours une femme vient de mourir… » cette voix qui interpelle les auditeurs en faisant irruption soudaine chez eux, c’est celle d’Henri Grouès plus connu sous le nom de l’Abbé Pierre.

Papa qui travaille à l’Assemblée Nationale est admiratif de ce personnage hors du commun. Il me raconte comment l’Abbé dénote dans le paysage politique avec son vélo ou sa vieille guimbarde dont les portes tiennent avec du fil de fer. L’abbé est un saint homme dont le charisme marque profondément ceux qui l’approchent. Papa est de ceux-là qui admirent l’homme et son engagement envers les plus pauvres. Jusqu’à la fin brutale de mon père, bien que laïque, il restera “impressionné” par le rayonnement de ce personnage de conviction et de foi. La veille de sa mort, papa avait évoqué, avec le maire de la petite commune de Normandie où mes parents avaient pris leur retraite, la possibilité d’ouvrir un local pour y collecter les dons en nature pour les nécessiteux des environs.

« Pourquoi diable Jissé évoque t’il la mémoire de l’Abbé ? » penses-tu en ton for intérieur ? C’est simple, je me suis rendu cet après-midi chez les Emmaüs dans l’espoir d’y retrouver une aquarelle que j’avais repéré la semaine précédente… Mais point d’aquarelle car un autre que moi a sans doute succombé à son charme… Il s’agissait du dessin au crayon noir et à l’encre d’une cathédrale mise en couleurs à l’aide de lavis à l’aquarelle. Pour autant je ne suis pas rentré bredouille de mon escapade puisque j’y ai trouvé un très beau dessin original sur Sarlat, fait à l’encre de Chine sur papier (200 gr environ) par l’artiste Alain Lansalot. Je ne l’ai pas acheté pour réaliser une « plus-value » mais pour me faire plaisir, pour apprendre et enfin pour joindre l’utile à l’agréable en achetant à la communauté, ce qui leur permet d’avoir une trésorerie pour aider les plus défavorisés.

Ami artiste amateur ou professionnel, si tu cherches à meubler ton atelier avec une table pour dessiner, des chaises ou un tabouret, des lampes, un meuble à tiroirs pour ranger tes dessins, tu dois avoir le bon réflexe de visiter les Compagnons d’Emmaüs car ils auront probablement ce que tu cherches pour un prix défiant toute concurrence et pour une meilleure qualité que ceux de cette grande enseigne “Suédoise aux couleurs jaune et bleu”… Le meuble te conviendrait bien mais son look est trop “ringard” ?… Et alors tu es un créatif, non ? Customise-le ! Prend une ou deux bombes de peinture pour le rajeunir, découpe et colle dessus certaines de tes créations – dessins ou aquarelles – et passe dessus un coup de vernis acrylique en bombe pour les protéger… Te voilà avec un meuble unique, qui te plait et pour un tout petit prix qui a sauvegardé ton modeste budget (Je sais que l’on n’est pas bien riche quand on est artiste…).

Tu cherches des encadrements pas chers pour tes œuvres ? Ils en ont… Achète un poster encadré, une toile moche, peu importe c’est l’encadrement qui t’intéresse, la toile tu peux repeindre par-dessus ou t’en débarrasser et récupérer le châssis au besoin sur lequel tu agraferas ton papier aquarelle 600 grammes et ce sera l’occasion de tenter l’aventure du vernissage de ton aquarelle… Pourquoi pas ?

En même temps que cet achat est utile pour toi il est utile pour la communauté qui vit uniquement des dons en espèces et en nature et des ventes des objets collectés. C’est donc participer à une bonne œuvre que d’acheter chez eux. Voilà pour l’aspect caritatif.

J’ai parlé d’apprentissage aussi… En effet un dessin vaut toujours mieux qu’un long discours ! Je te montre donc ma trouvaille ci-dessous.

Encre de Chine sur papier de l’Artiste Alain Lansalot

Observe avec soin l’abondante richesse du graphisme et des valeurs qui vont du blanc du papier au presque noir par l’emploi des hachures que l’artiste de grand talent vient croiser et recroiser pour obtenir une trame serrée. Quelle belle et grande leçon à l’encre de Chine ! Superbe dessin… Bravo Monsieur.

Un petit mot sur l’artiste :

Bordelais d’origine Alain Lansalot fut d’abord élève de l’Ecole des Beaux-Arts avant que d’y enseigner comme professeur. Il a longtemps vécu à Sarlat ce qui explique le thème de l’œuvre que j’ai acheté. Il a beaucoup voyagé en Europe, en Orient et aux USA où il expose régulièrement. Il a quitté le Périgord où il y avait une galerie, pour s’installer en Bretagne où l’architecture et les petits ports Bretons l’inspirent. J’ai trouvé ces informations sur l’Artiste dans deux articles « du Télégramme » que voici ici :

http://www.letelegramme.fr/ar/viewarticle1024.php?aaaammjj=20000707&article=1361587&type=ar#RMZvdj3mtp5BPlOx.99

& là :

http://www.letelegramme.fr/ar/viewarticle1024.php?aaaammjj=20070709&article=1206228&type=ar

Se constituer une collection de dessins est donc aussi une autre excellente façon d’apprendre à la condition de savoir discerner le « bon grain de l’ivraie » c’est-à-dire de choisir les bons modèles. Il existe dans les braderies, les ventes de grenier, les foires à la brocante, les sites de ventes entre particuliers comme « Ebay » ou « Le bon coin » des milliers de dessins à tout petit prix, il faut juste “éduquer” ton œil en visitant les musées et feuilleter les magazines d’histoire de l’Art pour apprendre à former ton goût et voir le « beau ». Tu peux ainsi te constituer une belle collection qui décorera agréablement tes murs tout en « renforçant » ton expérience du dessin et cela pour un budget très modeste. Par respect pour le travail d’Alain Lanselot je ne te dis pas à quel prix j’ai acheté son dessin mais il fut dérisoire et fort loin de sa valeur réelle, celle à laquelle il fut initialement vendu par l’Artiste. C’est un achat coup de cœur donc je ne vais pas le revendre pour en tirer un quelconque bénéfice.

Une dernière anecdote, j’ai vu passer sur un site de vente aux enchères en ligne, il y a quelques années, une sanguine originale de GREUZE d’une superbe tête de vieillard (étude pour le paralytique) dont il existe une variante dans un Musée Américain. Bien évidemment l’adjudication s’est faite pour une somme beaucoup plus importante que les quelques euros que j’ai déboursé pour ce beau dessin. Tout cela pour dire qu’en cherchant bien on trouve son bonheur à tous les prix y compris des œuvres de qualité « muséale »… Je te souhaite donc de faire de belles trouvailles et je te dis à très vite.


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