Copyright Plantu

Bonjour à Toi, je suis heureux de te retrouver après un long silence faisant suite au décès de ma petite maman. Ainsi va la vie, elle nous est prêtée plus qu’elle ne nous appartient et nous savons qu’un jour il nous faut la rendre à dame Nature.

Maman est partie discrètement rejoindre les membres de ma famille qui reposent tranquillement dans le caveau du vieux cimetière près de Paris.

Alors qu’est ce qui me fait sortir aujourd’hui de mon silence ? Les réactions outrancières quand elles ne sont pas haineuses et mortifères contre des dessinateurs qui utilisent leur crayon pour dénoncer les travers de notre société.

Si j’aborde la politique internationale, ou la religion je sais que je vais soulever les passions et le déchainement des sectaires idolâtres et imbéciles… C’est un risque que j’assume.

Plus jeune, pendant quelques années j’ai fréquenté des associations culturelles (comme les mini-schools pour enseigner l’Anglais) ou spirituelles (comme les rosicruciens ou la Franc-Maçonnerie). Cette époque est révolue mais je ne la renie pas !

Au cours de ces années passées dans les Loges rosicruciennes ou maçonniques l’un des maîtres mots était la TOLERANCE. Je vais donc aujourd’hui parler du dessin comme outil contre l’intolérance.

Pendant le temps de l’Apprentissage, le jeune Maçon écoute les anciens plus expérimentés s’exprimer sur un sujet mais il n‘est pas autorisé à exprimer son point de vue. Pourquoi ?

Précisément pour apprendre l’écoute et le respect de la parole de l’autre tout en développant la pratique de la tolérance.

Aujourd’hui internet et les réseaux sociaux ont libéré la parole et chacun peut y exprimer librement ses idées. Bravo mais j’observe que bien souvent le respect et la tolérance sont parfois absents dans les propos échangés qui parfois font place aux invectives ou aux menaces.

Alors qu’est-ce qui me fait sortir de ma tanière de vieil ours mal léché ? Un dessin pardi ! Ou plutôt le déchainement des passions qu’il suscite… Y compris dans les milieux officiels puisqu’une Ambassade étrangère s’en est mêlée… Je ne la citerai pas pour ne pas lui faire cet honneur qu’elle ne mérite pas.

De quel dessin s’agit-il et qui est le dessinateur qui déclenche la foudre contre lui ? Un dessinateur de presse bien évidemment… PLANTU pour ne pas le nommer.

Pour ne pas prêter le flanc à la critique hystérique de quelques-uns je ne publierai pas une copie de ce dessin car en fait il importe peu mais je publie – pour illustrer mon propos – la magnifique interprétation de la “Liberté guidant le Peuple” par Plantu.

Un dessin n’est après tout qu’un simple bout de papier avec un peu de crayon ou d’encre dessus et pourtant – parfois – il canalise contre lui tout ce que l’Humanité à de plus vil : La haine qui peut aller jusqu’au meurtre comme dans le cas des assassinats de Samuel PATY ou des dessinateurs de CHARLIE HEBDO !

Lorsque des imbéciles – fussent-ils de parfaits inconnus se dissimulant derrière l’anonymat d’un pseudo, ou des officiels occupant une charge honorifique ou consulaire affirment qu’un dessin attise la haine, divise et tue CE N‘EST PAS LE DESSINATEUR qui est le responsable des massacres qu’il dénonce.

UN DESSIN NE TUE PAS, SEULE LA CONNERIE HUMAINE TUE !

J’ai publié quelques caricatures comme celle de Laurel et Hardy qui firent le bonheur de mes jeunes années. J’ai aussi publié un dessin que j’ai appelé « le Fakir ». Il représente un personnage barbu avec un turban sur la tête.

A ce jour, personne n’a émis aucune critique à ce sujet parce les fakirs sont peu nombreux dans notre pays mais je gage que si je l’avais nommé d’un nom se terminant par « isme » (comme fanatisme) cela aurait pu provoquer la colère de quelques-uns… et ce sont souvent les plus dangereux dans leur folie nationaliste ou religieuse.

L’auto censure devient malheureusement une façon pour un dessinateur de se protéger contre l’intolérance des sectaires.

COMMENT FONCTIONNE UN DESSIN ?

Pourquoi un dessin à t’il un tel pouvoir sur le comportement irrationnel de quelques humains ?

La réponse est dans l’énoncé de la question : Le dessin agit sur la part émotionnelle de chacun de nous et l’émotion l’emporte alors sur la raison.

Le dessin fait écho à notre prime enfance. Très tôt le petit enfant se saisit des objets du quotidien qui sont à portée de sa main (ou de sa bouche = danger) pour se les accaparer.

Il va griffonner des « gribouillis » sur une feuille de papier, ou sur le papier peint de la salle à manger (ça j’ai fait… Curieusement la précocité de mon talent d’artiste ne fut pas appréciée de mes parents ce jour-là).

Et puisqu’un dessin nous renvoie à notre enfance, il est associé rapidement à la réminiscence des situations heureuses ou malheureuses de cette période à commencer par le besoin naturel de protection et d’amour.

A contrario si le sentiment d’être en sécurité fut absent (comme dans le cas d’enfants nés pendant la guerre) il en résulte une situation traumatique qui cède la place à la peur ou la colère qui peut aller jusqu’à la haine chez les plus fragiles (sentiment négatif qui s’oppose à l’amour).

Le dessin fait donc appel aux instincts grégaires chez les humains qui se rassemblent pour se protéger d’un danger.

Le lynchage, qu’il soit “cyber harcèlement”, lynchage médiatique ou mouvement d’une foule incontrôlée, échappe à toute raison. Le groupe se sent fort, protégé et donc invincible au point de commettre des actes irréparables d’une folle barbarie comme la mise à mort de celui qui a enfreint les règles du groupe.

Chez un être fruste – comme l’assassin de Samuel PATY – l’émotion l’emporte sur la raison. « Tu ne penses pas comme moi donc tu représentes un danger pour mon mode de vie ».

Basique et simpliste cette façon de penser et d’agir s’oppose à l’éducation qu’elle combat de toute ses forces obscurantistes et rétrogrades. Ce sont par exemple en Afghanistan, les attaques des écoles par les Talibans ou le dynamitage des Bouddhas géants jugés en contradiction avec leurs croyances religieuses et leurs idéologies politiques mortifères.

DU PRINCIPE DE TOLERANCE

Suis-je toujours d’accord avec les dessins de Plantu ?

Souvent ? Oui, mais toujours ? Sûrement pas !

Ce qui me plait aussi chez lui c’est une forme d’impertinence qui bouscule mes convictions en m’obligeant à réfléchir sur ce que je pense ou ce que je crois. Je n‘aurais pas pu faire du dessin de presse car je n‘ai pas assez de créativité pour le faire mais je pense aussi que cela s’apprend car c’est en dessinant que l’on devient dessinateur.

Il y a longtemps – c’était avant ma naissance – mon père voulait devenir dessinateur de presse, et il avait présenté un dessin “la mouche du coche” avec le Général De Gaulle en cocher (conduisant la diligence de la France) et René Pleven (si je ne fais pas erreur) jouant le rôle de la mouche. Il lui fut répondu:

  • Jeune homme votre dessin est intéressant mais pour le publier il vous faut une carte de Presse. Revenez nous voir avec le précieux sésame“. Mon père se tourna alors vers les organismes de Presse pour obtenir une carte lui permettant de publier ses dessins dans les journaux.
  • il lui fut répondu: ” Jeune homme pour avoir une carte de Presse vous devez avoir déjà publié un dessin dans les journaux. Qu’avez-vous publié jusqu’à présent” ?

Ce fut la fin de son rêve de dessinateur de Presse. C’est pourquoi j’ai une tendresse naturelle pour cette forme de journalisme, vertu que je reconnais chez Plantu. Là où ses détracteurs ne voient que de la « férocité » contre ce qu’ils sont ou ce qu’ils pensent, j’y vois aussi beaucoup de tendresse pour les victimes.

Pour moi, religion et politique sont deux poisons plantés au cœur de l’Humanité, car elles divisent au lieu d’assembler ce qui est épart.

UNIVERSALITE DU DESSIN

A l’inverse l’Art et le dessin permettent aux hommes de bonnes volontés de communiquer entre eux. Deux dessinateurs parlant des langues différentes (par exemple le Chinois et l’Allemand) peuvent communiquer entre eux avec une feuille de papier et un simple crayon : Sans connaitre comment se dit « une table ou un lit » dans la langue de l’autre, ils peuvent les dessiner et se comprendre. C’est le miracle universel du dessin !

C’est aussi cet universalisme qui rend un dessin « puissant » qui dérange et fâche les dictatures en place.

Si je veux dénoncer le manque de libertés dans un pays quelconque, il me suffit de dessiner un habitant de ce pays en costume traditionnel avec un bâillon sur la bouche enfermé derrière des barreaux. Tout le monde peut comprendre instantanément le sens d’un tel dessin.

Beaucoup de personnes se souviennent mieux de ce qu’elles voient plutôt que ce qu’elles entendent. C’est le sens des pictogrammes et de la signalétique des panneaux du code de la route.

On ne prête qu’aux riches, c’est pourquoi on attribue à Confucius la phrase « un dessin vaut mieux que mille mots » et à Napoléon « un bon croquis vaut mieux qu’un long discours ».

Peu m’importe qu’ils en soient ou non les véritables auteurs, car ce qui importe ici c’est la puissance réelle (ou supposée) du dessin et que tu en sois convaincu.

Ce qui m’importe surtout c’est que le dessin soit pour toi un réél plaisir, un outil de communication, un support à ta méditation ou à ta réflexion, et qu’il te conduise du bon côté de la tolérance.

Cette tolérance exerce là d’abord vis-à-vis de toi-même : Sois indulgent avec tes dessins. Il ne sont pas parfaits et alors, qu’est-ce-que ça fait ? Un dessin n’est jamais qu’une étape dans ta progression. Tu dois comprendre que même Michel-Ange, Rembrandt ou Léonard de Vinci ont commencé un jour et que leur premier dessin ne fut pas un chef-d’œuvre dès leur premier essai !

Cette tolérance (voire cette indulgence) pour toi-même, exerce là aussi envers les autres.

Un dessin ne te plait pas, c’est ton droit !

Il te dérange et bouscule tes croyances et tes convictions, c’est son droit… ou plutôt celui de son auteur !

Est-ce que l’un doit priver l’autre de sa liberté ou de sa vie pour avoir exprimé une idée ou une croyance différente ? SURTOUT PAS ! La liberté du citoyen ou du croyant s’arrête où commence la liberté du dessinateur.

Détruire un dessin ou son auteur n’empêchera jamais une idée de circuler, tout au plus elle sera ralentie pour un temps mais tôt ou tard, les murs se couvriront d’une multitude de dessins pour exprimer le désir de Liberté qui bat dans le cœur de chaque Humain.

Parce qu’un dessin n’a pas besoin des mots pour s’exprimer on ne peut le réduire au silence.

Emprisonne le dessinateur, il dessinera sur les murs de sa prison. Tue le dessinateur, et il naitra demain des millions d’apprentis artistes pour continuer son œuvre.

UN PETIT DESSIN POUR UN GRAND DESSEIN : Celui d’une Humanité libérée du joug de la peur et de la barbarie. C’est tout le bonheur que je souhaite à ce monde, c’est celui que je te souhaite.

A très vite, en toute amitié.

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